Mines de diamants : les conséquences des baisses de production au premier semestre 2026

Sam Cooley

Une tendance se dessine dans les mines de diamants du monde entier en 2026 : de nombreux producteurs ont délibérément réduit leur production, et les conséquences de cette stratégie commencent à se refléter dans leurs résultats financiers.

De Mirny à Yellowknife, de Gaborone à Maseru, les volumes extraits ne se traduisent plus nécessairement par des revenus équivalents pour les producteurs de diamants.

Selon l’analyste expert du diamant Paul Zimnisky, les stocks excédentaires détenus par les producteurs et les grossistes devraient permettre aux détaillants d’échapper aux conséquences les plus sensibles de cette situation tout au long de 2026. Mais si cette dynamique se poursuit, elle pourrait entraîner des pénuries en 2027 et 2028. L’évolution de la demande sera alors déterminante dans l’ampleur des variations de prix.

« Les réductions de l’offre semblent actuellement soutenir les prix du brut, ce qui pourrait constituer un indicateur avancé de l’évolution des prix du diamant taillé », explique-t-il.

L’indice Rapaport semble confirmer cette tendance : en juillet, les quatre principales catégories — diamants de 0,3 ct, 0,5 ct, 1 ct et 3 ct — ont toutes enregistré des évolutions stables ou positives pour la première fois depuis mars 2025. L’indice des diamants de 1 ct a ainsi mis fin à 13 mois consécutifs de baisse. Les prix des petites pierres se sont quant à eux redressés sous l’effet de la diminution de la production.

Les baisses de production sont toutefois très variables d’un producteur à l’autre, tout comme les raisons qui les expliquent.

Russie

Alrosa, premier producteur mondial de diamants en volume, a terminé le premier semestre 2026 dans le rouge. Selon les données publiées par la société, le groupe minier russe a enregistré une perte nette d’environ 129 millions de dollars, sur la base d’un taux de change de 83 roubles pour un dollar, au cours des six mois clos le 30 juin. Sur la même période en 2025, Alrosa avait dégagé un bénéfice d’environ 470 millions de dollars.

Les activités du groupe ont également fortement pesé sur sa trésorerie au cours des six premiers mois de l’année, avec un déficit de 147 millions de dollars, financé en puisant dans ses dépôts et autres actifs à court terme. À titre de comparaison, sur la même période en 2025, les mines avaient généré environ 330 millions de dollars.

La société attribue ce recul à plusieurs facteurs, notamment les sanctions, les incertitudes macroéconomiques et le ralentissement de la demande de diamants bruts et polis.

La situation financière globale d’Alrosa s’est néanmoins quelque peu améliorée : à la fin du semestre, le groupe disposait de 606 millions de dollars de trésorerie et avait réduit ses emprunts de 2,5 milliards à 2,2 milliards de dollars.

S’adressant directement à Vladimir Poutine la semaine dernière, Pavel Marinychev, directeur général d’Alrosa, a déclaré que l’industrie du diamant traversait « la crise sectorielle la plus profonde de toute son histoire », selon les médias du Kremlin.

Canada

Au Canada, deux des trois mines de diamants en activité dans les Territoires du Nord-Ouest (TNO) ont cessé leur production.

La mine Diavik de Rio Tinto, située au nord-est de Yellowknife, dans les TNO, a achevé sa production fin mars, après 23 années d’exploitation et plus de 150 millions de carats extraits. Cette fermeture était prévue de longue date, les ressources de la mine arrivant, comme cela avait été largement documenté, à épuisement.

À environ 29 kilomètres au nord-ouest, la mine Ekati a connu une trajectoire différente. Arctic Canadian Diamond Company, la filiale qui exploite la mine, s’est déclarée insolvable au printemps, attribuant ses difficultés aux droits de douane, à la guerre en Iran et à la faiblesse du marché du diamant.

Gahcho Kué est donc désormais la dernière mine de diamants en activité dans les TNO. Son cas illustre particulièrement bien ce qui peut se produire alors que de nombreux autres producteurs ont choisi de réduire leur production. La mine a extrait plus de 2 millions de carats au premier trimestre, soit une hausse de 163 % sur un an. Elle a vendu 858 173 carats pour 29,2 millions de dollars, à une valeur moyenne de 34 dollars par carat, contre 72 dollars un an plus tôt. Mountain Province Diamonds, qui détient 49 % de la mine, a enregistré une perte nette d’environ 47 millions de dollars sur le trimestre. La société attribue cette baisse à la faiblesse du marché ainsi qu’à une proportion plus importante de petites pierres dans la production de la mine.

Le mois dernier, la société s’est retirée de la cote de la Bourse de Toronto. Son auditeur a également démissionné dans le courant de l’année. Interrogé par CBC, un professeur canadien spécialisé dans le financement minier s’est inquiété de ces différents signaux, qui pourraient témoigner des difficultés rencontrées par l’un des principaux acteurs, mais pas le seul, impliqués dans la dernière mine de diamants encore en activité sur le territoire.

« Si toutes ces choses se produisaient en coulisses chez moi, vous savez, le meilleur moyen de gérer la situation serait de ne pas être sous le regard du public », a déclaré Carlos Da Costa, de l’Université de Colombie-Britannique, à Sarah St-Pierre, journaliste de CBC à Yellowknife.

Botswana

Debswana, la coentreprise détenue à parts égales par le gouvernement du Botswana et De Beers, prévoit de porter sa production à environ 18 millions de carats cette année, contre 15 millions en 2025. Ce niveau reste nettement inférieur aux 24 millions de carats produits avant le retournement du marché, mais traduit une volonté de renouer progressivement avec des volumes plus élevés.

En mai dernier, Bogolo Joy Kenewendo, ministre des Mines et de l’Énergie du Botswana, a déclaré à JCK que le gouvernement entendait faire du pays le principal centre africain de négoce des diamants et autres minerais.

Le poids du diamant dans l’économie du pays permet de mesurer l’urgence de la situation. Le secteur représente 62,3 % des recettes d’exportation du Botswana et environ un tiers des recettes nationales.

Au cours des cinq premiers mois de 2026, les recettes issues des exportations de diamants du Botswana sont tombées à environ 1,18 milliard de dollars, sur la base d’un taux de change de 13,46 pulas pour un dollar, soit une baisse d’environ 29 % par rapport à la même période de l’année précédente.

En juin, Kenewendo a déclaré à Reuters que le pays observait une légère reprise de la demande aux États-Unis et en Chine.

« Nous allons continuer à faire preuve de discipline. Nous étions disposés à le faire, car tout, sur le marché, repose dans une certaine mesure sur la discipline dont nous faisons preuve », a-t-elle déclaré.

Lesotho

À la mine de Letšeng, au Lesotho, la tendance a été inverse, pour des raisons qui échappent en partie au contrôle de ses exploitants. Gem Diamonds, qui opère la mine, a annoncé un chiffre d’affaires en hausse de 33 % au premier semestre et un prix moyen du brut de 1 395 dollars par carat, alors même que le nombre de carats extraits a diminué de 12 % par rapport à l’année précédente. Autrement dit, moins de pierres ont été extraites, mais leur valeur était nettement supérieure.

Huit pierres ont été vendues plus de 1 million de dollars chacune, générant à elles seules 16,1 millions de dollars. Trois diamants de plus de 100 carats ont également été extraits. En juin, la mine a notamment livré un exceptionnel diamant blanc de 346,99 ct, baptisé Lesotho Jubilee en hommage au 60e anniversaire de l’indépendance du pays.

Letšeng est toutefois la mine de kimberlite affichant la valeur par carat la plus élevée au monde, et même elle n’a pas été épargnée par le ralentissement du marché. En 2025, son chiffre d’affaires a chuté de 36 % et la société a enregistré une perte de 104 millions de dollars. Compte tenu des niveaux de prix et de coûts, la durée de vie prévisionnelle de la mine a été ramenée de 2039 à 2035, tandis qu’une partie de sa valeur a fait l’objet d’une dépréciation.

Aussi impressionnant soit-il en apparence, le rebond actuel doit donc être relativisé : il est mesuré par rapport à une année 2025 particulièrement difficile.

Photo : Getty Images

Source : JCK