Le GIA s’essaie au suivi des diamants

Avi Krawitz

Quel intérêt aurait un laboratoire de gemmologie à raconter l’histoire des diamants ? C’est la question tacite à laquelle Matt Crimmin a dû répondre lors de sa présentation au JCK Las Vegas en juin. [:]
En tant que vice-président des opérations de laboratoire pour le Gemological Institute of America (GIA), Matt Crimmin a profité du salon pour présenter ce sur quoi son équipe travaille effectivement depuis 2010 : une solution à certaines des plus grosses difficultés qui touchent le marché, notamment l’amélioration de la confiance des consommateurs.

Matt Crimmin GIADans un entretien récent avec Rapaport News, Matt Crimmin a présenté deux projets que le laboratoire de certification à but non lucratif pilote dans ce but. Ces initiatives, dont le GIA dit qu’elles pourraient changer la façon de vendre et de surveiller les diamants, font du laboratoire un chef de file inattendu, tant pour la certification des diamants que pour leur suivi et la narration de leur histoire.

Adoption de la technologie RFID

Dans le premier de ces projets, le GIA fait appel à la technologie d’identification par radiofréquences (RFID) pour aider les fabricants à gérer leurs stocks, notamment avec des rapports de certification sur carte à puce pour faciliter l’accès aux informations d’un diamant.

Dans le cadre du programme, le laboratoire propose aux fabricants participants des étiquettes RFID à fixer au papier du pli de diamants avant d’envoyer la pierre pour certification. La technologie utilise des diodes électroluminescentes (DEL) pour que les étiquettes RFID des diamants s’allument lorsque quelqu’un accède au diamant par le système. Le fabricant peut ainsi localiser plus facilement une pierre donnée parmi des milliers. Cette méthode de communication avec le stock offre à l’utilisateur un « important gain de temps opérationnel », explique Matt Crimmin.

Après avoir commencé fin 2014 avec cinq fabricants, le GIA travaille maintenant avec environ 30 sociétés sur le programme et le propose à d’autres.

Le système RFID est pratique pour traiter de gros volumes de diamants, puisqu’il est plus de 10 fois plus rapide que les méthodes traditionnelles de lecture de codes-barres, a expliqué Matt Crimmin. Il est aussi moins susceptible de produire des erreurs car l’étiquette est lisible, même si le lot n’est pas dans la ligne de visée du lecteur.

En outre, les fabricants peuvent distribuer les étiquettes à leurs clients, de sorte que la surveillance se poursuive plus loin dans la filière. Enfin, le GIA envisage de mettre en place le programme pour tous les diamants qui passent par son système de certification, ce qui pourrait permettre de créer une seule base de données pour tous les stocks.

Étant donné le nombre de transactions qui ont lieu en aval entre fabricants, acteurs du marché intermédiaire et détaillants, Matt Crimmin considère que le marché aurait intérêt à utiliser les étiquettes RFID à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement.

« Nous pensons que les avantages du programme seront vraiment visibles à l’échelle de l’industrie », explique-t-il.

Suivi de la mine jusqu’au consommateur

Le deuxième des deux projets pilotes est le programme Mines To Market (M2M, de la mine au marché) que le GIA a présenté à Las Vegas. Les scientifiques du laboratoire ont développé la capacité de relier un diamant taillé à la pierre brute originelle en évaluant la pierre à différentes étapes de sa production. Cela ouvre notamment d’importantes opportunités marketing aux détaillants de bijoux qui souhaitent se distinguer, d’après Matt Crimmin.

Pour le projet pilote, le GIA collabore avec ALROSA. Dans ce cadre, le minier russe apporte le brut au laboratoire pour évaluation avant sa mise sur le marché. Le GIA est également en pourparlers avec Petra Diamonds, Trans Hex et le Botswanais Okavango Diamond Company pour leur participation à l’initiative.

Lorsqu’il reçoit le brut d’ALROSA, le GIA crée un fichier – une « empreinte numérique » – pour chaque diamant. Le laboratoire renvoie ensuite les pierres à ALROSA qui les propose à ses clients fabricants. Les fabricants participant au programme doivent tenir un journal des diamants tout au long du processus de taille afin qu’ils puissent établir les pierres qui ont été taillées à partir de ce diamant brut lorsqu’elles arrivent au GIA pour certification, explique Matt Crimmin.

« Si nous évaluons le brut, puis le taillé issu de cette pierre, nous pouvons confirmer le lien entre les deux », explique-t-il.

Le GIA doit également vérifier que le brut soit intact avant l’évaluation, afin de garantir la validité de la source. C’est cette authenticité qui permet au détaillant d’exploiter l’histoire du diamant plus loin dans la chaîne d’approvisionnement, lors de la transaction avec le consommateur final.

Storytelling

Gardant cela à l’esprit, le GIA a créé une application destinée au client, qui utilise ces empreintes numériques pour raconter le voyage du diamant dans la filière.

M2M Smart Card

Lorsque le joaillier partage un diamant avec le consommateur sur l’appli, il fait apparaître non seulement le rapport de certification du GIA mais aussi la provenance de la pièce. En défilant dans les sections de l’appli, les utilisateurs trouveront des informations personnalisées sur la mine où la pierre a été extraite, des détails sur le lieu où elle a été taillée, des explications générales sur la formation et la découverte des diamants et – le plus important, d’après Matt Crimmin – des données sur l’historique et les services du détaillant.

L’appli permet également aux consommateurs d’envoyer leurs propres photos et vidéos du diamant montrant, par exemple, le moment où le cadeau a été déballé ou la relation que symbolise la pierre. Les détaillants peuvent même rassembler ces informations dans un livre relié destiné à l’acheteur.

Le GIA compte sur les détaillants pour utiliser l’appli afin de faire connaître le concept de la narration. Après tout, explique Matt Crimmin, ce sont eux qui ont le plus à y gagner puisque ce travail de narration leur revient.

« Trop souvent, le joaillier oublie de raconter l’histoire, fait-il remarquer. Or, c’est nécessaire et cette [appli] a pour but de faire du consommateur qui choisit le diamant, un héros. »

Mais il faut aussi un effort coordonné de la filière car l’aspect « traçabilité » a besoin de la participation des miniers, des fabricants et des joailliers. Le GIA pense être en bonne position pour coordonner cet effort.

« Cela correspond bien à notre mission globale qui est la protection de la confiance des consommateurs dans les diamants et les bijoux, explique Matt Crimmin. L’origine du diamant est ainsi garantie et l’achat du bijou est plus agréable pour le client ce qui, espérons-le, devrait l’inciter à en acheter d’autres. »

Source Rapaport