La situation difficile des groupes miniers

Avi Krawitz

Le secteur minier du diamant est soumis à une pression croissante, non seulement en raison de la dégradation des conditions de marché, mais aussi du fait d’une prudence accrue des investisseurs quant à ses perspectives. Les sociétés minières rencontrent des difficultés grandissantes pour accéder au financement, avec des répercussions potentielles sur l’ensemble de la filière, comme le soulignait récemment un membre de la communauté de The Diamond Press. Il s’agit d’une tendance à l’œuvre depuis plusieurs années et qui a sans doute été l’un des sujets les plus sous-estimés en 2025.

Le segment minier apparaît comme le plus durement touché par le ralentissement. Dans un contexte de demande affaiblie et de segmentation accrue du marché, les prix du brut ont reculé, en particulier pour les catégories les moins qualitatives. Parallèlement, les marges de manœuvre en matière de réduction des coûts restent limitées, notamment dans un environnement géopolitique et un contexte de matières premières volatils, alors même que l’activité minière exige des investissements en capital importants pour maintenir et développer les opérations.

Ces tensions se reflètent dans les derniers résultats financiers. La majorité des producteurs ont enregistré des pertes en 2025, à l’exception d’Alrosa et de Lucara Diamond Corp., tandis qu’une vague de dépréciations a affecté l’ensemble du secteur. La dépréciation de 2,3 milliards de dollars enregistrée par Anglo American sur De Beers — ramenant sa valeur comptable à 2,3 milliards de dollars — en constitue l’illustration la plus marquante. Dans le même temps, Gem Diamonds a déprécié la mine de Letšeng à hauteur de 77,5 millions de dollars et Mountain Province a enregistré une charge de 103,1 millions de dollars canadiens (74,5 millions de dollars) sur le site de Gahcho Kué.

Ces évolutions ont inévitablement pesé sur la perception du secteur par les investisseurs.

Si les producteurs parviennent encore à lever des fonds, les conditions se sont nettement durcies, traduisant une confiance limitée et des tensions persistantes sur la trésorerie. Les entreprises ont recours à des financements à taux élevés, procèdent à des émissions significatives de capital dilutives pour les actionnaires existants et prolongent leurs échéances de dette afin d’assurer la continuité de leurs opérations et l’achèvement des projets en cours.

Lucara Diamond Corp., par exemple, a levé 350 millions de dollars de dette à un taux d’intérêt de 12,5 %, tout en procédant parallèlement à une émission d’actions dans un contexte financier contraint. Mountain Province Diamonds a dû renégocier ses échéances d’emprunt et gérer des tensions avec son partenaire De Beers au sein de leur coentreprise, liées à des besoins de financement. Burgundy Diamond Mines s’est appuyé sur des prêts garantis par l’État, tandis que Petra Diamonds a restructuré sa dette et levé des capitaux limités pour couvrir ses besoins à court terme.

Dans ce contexte, le seuil de rentabilité nécessaire au développement, à l’expansion, voire au simple maintien d’une mine de diamants s’est sensiblement élevé. Parallèlement, le segment de la joaillerie de détail se polarise sous l’effet de la montée en puissance des diamants de synthèse, les diamants naturels se concentrant désormais sur certains segments de demande.

Les producteurs, pour leur part, ne peuvent sélectionner leur production. À ce stade, une part significative des assortiments offerts ne trouve pas son marché. Le segment minier devrait continuer à subir des pressions accrues tant que la demande ne se redressera pas et que les prix du brut ne se renforceront pas sur un spectre plus large de catégories. Dans l’immédiat, seuls les acteurs disposant d’un profil de production adapté et d’un soutien financier solide semblent en mesure de tirer leur épingle du jeu.

Comme le suggérait le membre de la communauté cité, ces évolutions ne sont pas sans conséquences pour l’ensemble de la chaîne de distribution. Elles posent en creux une question structurante : à quoi ressemblerait l’industrie diamantaire sans un secteur minier dynamique et diversifié ?

Image : Chargement de minerai au sein de la mine de Cullinan. (Petra Diamonds)

Source : The Diamond Press