À certains égards, la semaine a marqué un tournant historique pour l’industrie diamantaire, avec l’annonce par Rio Tinto de la fermeture de la mine de Diavik, au Canada.
La portée de cette décision est triple.
Elle marque tout d’abord la disparition d’une source d’approvisionnement régulière. Mise en production en 2003, la mine a livré environ 153,8 millions de carats sur l’ensemble de sa durée de vie, soit une moyenne annuelle d’environ 6,8 millions de carats, ramenée plus récemment à près de 4 millions de carats.
Elle acte ensuite, de facto, le retrait de Rio Tinto de l’extraction diamantifère, après la fermeture de la mine d’Argyle en 2020. Le groupe conserve certes un projet d’exploration à un stade précoce en Angola, Chiri, mais la fermeture de Diavik marque la première période sans activité minière dans le diamant pour Rio Tinto depuis le lancement d’Argyle en 1985.
À l’exception de De Beers, Rio Tinto a sans doute été l’un des acteurs les plus influents du secteur au cours des quarante dernières années. Son impact ne se limite pas aux volumes produits par Argyle et Diavik : le groupe a également contribué à structurer de nouvelles catégories de demande, notamment en repositionnant les diamants bruns comme des pierres attractives aux teintes « champagne » ou « chocolat ».
Rio Tinto poursuivra ses activités le temps d’écouler ses stocks et continuera de commercialiser la production de Diavik jusqu’en 2026.
Enfin, la fermeture de Diavik marque le déclin progressif de l’ère canadienne du diamant. Elle laisse Ekati et Gahcho Kué comme seules mines en activité dans le pays. Si Burgundy Diamond Mining prévoit de prolonger la durée de vie d’Ekati jusqu’à l’horizon 2040, Gahcho Kué — coentreprise entre De Beers et Mountain Province Diamonds — devrait cesser ses opérations aux alentours de 2031. Les projets d’extension y ont été suspendus et, bien que les programmes d’exploration se poursuivent, leur attractivité économique s’est nettement réduite dans un contexte de marché dégradé.
Le Canada se retrouve ainsi relégué à un rôle marginal sur le marché du diamant, loin de la position de nouvelle source majeure d’approvisionnement qu’il occupait dans les années 1990 et au début des années 2000. L’attention se tourne désormais vers de nouvelles zones, notamment l’Angola, où Rio Tinto et De Beers investissent dans l’exploration de gisements kimberlitiques.
Le Canada aborde toutefois cette phase de déclin dans un environnement profondément transformé. Alors que la demande a ralenti, le segment minier évolue désormais selon un modèle économique différent, dans lequel la qualité et la valeur de la production priment sur les volumes.
Le calendrier du développement canadien s’est révélé particulièrement favorable, les découvertes de Diavik, Ekati et, dans une moindre mesure, Gahcho Kué étant intervenues à une période caractérisée par une forte demande en volume.
La réalité actuelle est différente. Dans ce contexte, la fermeture de Diavik pourrait être perçue comme un ajustement nécessaire. Si la contribution de la mine doit être reconnue, ses quelque 4 millions de carats de production annuelle ne devraient pas faire défaut à un marché en cours de rééquilibrage face à des niveaux de demande plus modérés.

Cet article a été initialement publié dans le Pressing Matters Executive Memo du 30 mars. L’intégralité de la note est disponible ici : Pressing Matters.
Source : The Diamond Press