Allons-nous vers une bulle des prix des diamants ?

Edahn Golan

Les prix du taillé connaissent un rebond qui dure depuis près d’un an. Ils ont pris plus de 18 % depuis juillet dernier, un mois qui affichait un plus bas historique.

C’est une bonne nouvelle pour un marché stagnant qui n’avait pas connu de longues hausses de prix depuis 10 ans. Toutefois, certains commencent à craindre que cet effet de fronde n’atteigne son sommet et que nous soyons confrontés à une bulle des prix des diamants.

Les prix du taillé ne sont pas les seuls à augmenter. Ceux du brut ont également progressé d’environ 9 % rien que le mois dernier, dans un contexte de forte demande. La principale raison de la hausse des prix du brut et du taillé est liée à l’essor des ventes de bijoux en diamants dans les boutiques aux États-Unis et en Chine, des ventes motivées par la demande avide des consommateurs.

Les chiffres des ventes

On a beaucoup parlé de ce qui motivait les consommateurs à acheter des bijoux en diamants, mais comment cela s’est-il concrétisé en temps réel ? Une analyse des ventes des détaillants montre que, lors des cinq premiers mois de l’année, les ventes globales de bijoux ont été propulsées de 75 % en glissement annuel, à 32 milliards de dollars.

D’après notre analyse, les ventes de bijoux aux États-Unis ont totalisé 8,57 milliards de dollars en mai, un record pour ce mois de l’année. En glissement annuel, les ventes ont progressé de 109,3 %, et de 52 % par rapport à mai 2019. Depuis le début de l’année, les ventes de bijoux aux États-Unis ont rebondi de 41 % par rapport à 2019, ce qui représente une augmentation majeure.

Les bijoux en diamants ont également obtenu des résultats exceptionnels depuis mai 2020. Notre analyse des ventes des bijoutiers spécialisés montre que la grosseur moyenne des diamants sertis sur des bijoux a progressé, de 1,06 carat à 1,22 carat ces deux derniers mois. Il semble évident que les consommateurs veulent plus de diamants, des diamants plus gros et même des diamants plus chers.

Les premiers signes d’une bulle des prix des diamants

Malgré les bonnes nouvelles, nous voyons apparaître les premiers signes d’un ralentissement de la demande des consommateurs. Même si le total des ventes de bijoux, dans tous les points de vente, reste très positif, chez les bijoutiers spécialisés, le tableau est un peu différent.

Le total des ventes de bijoux, tous articles confondus, a baissé de 1 à 4% en mai, en raison principalement d’un recul des dépenses par article.

De même, les ventes de bijoux en diamants ont semblé reculer d’un peu plus de 10 %. Il s’agit d’un premier avertissement. Si la demande de bijoux en général commence à baisser et que les bijoux en diamants, en particulier, connaissent un recul, nous savons que quelque chose de plus profond se profile.

S’agirait-il du célèbre pistolet qui, d’après le fameux principe de Tchekhov, apparaît dans l’acte I ?

Les perspectives du marché de gros

Les prix du taillé ont augmenté dans toutes les catégories. Il semblerait que les inquiétudes qui avaient assombri la filière intermédiaire aient disparu sous l’effet d’un soleil rayonnant. La prolifération des diamants synthétiques, la baisse du financement bancaire, des régimes fiscaux défavorables, des stocks importants, des stocks mal gérés, les données limitées sur le marché, la lenteur de la réponse à l’évolution des goûts des consommateurs – tout cela s’est évanoui, à la manière d’un négociant surendetté avec toujours plus de créances mais sans aucune source de revenus. Badaboum !

Ce sentiment positif est alimenté par une hausse des prix du taillé de 14,7 % en moyenne. Un flux de trésorerie stable, associé à un endettement bancaire en baisse et à un accès à tous les diamants bruts dont on peut avoir besoin, vient consolider ce sentiment.

Comparé à 2019, les prix ne sont pas vraiment meilleurs – en hausse d’environ 1,4 % seulement en mai 2021 par rapport à mai 2019. Et pourtant, n’importe quel négociant applaudirait une hausse annuelle stable de 1,4 % des prix des diamants.

Plus largement, la filière intermédiaire n’a pas connu de hausses de prix prolongées depuis le premier semestre 2011. Cette dernière décennie a été difficile pour l’industrie. À de nombreux égards, ce sont même dix années de perdues. Inutile de réaliser des analyses complexes sur les diamants pour le constater.

Les négociants, fabricants et grossistes annoncent tous une forte demande de taillé en aval. C’est une formidable nouvelle, n’est-ce pas ? Attendons l’acte III.

Que se passera-t-il lorsque les ventes de retail vont diminuer ?

En ce moment, les consommateurs se précipitent dans les boutiques, mais le feront-il encore demain ? Actuellement, ils dépensent les sommes économisées l’année dernière, lorsqu’ils étaient bloqués à la maison. Mais les consommateurs américains s’endettent également pour célébrer les grands moments de la vie.

Avoir recours au crédit est une vieille tradition du consumérisme américain, qui a ses inconvénients. Ainsi, le fait de se reposer sur le crédit fait gonfler les prix. Acheter avec un taux élevé provoque de la concurrence par rapport à l’offre et des pénuries, ce qui entraîne des hausses de prix. Et comme on dit, ce qui monte doit redescendre.

Le caractère cyclique de l’économie veut que la demande élevée d’aujourd’hui soit suivie par des baisses dans un proche avenir.

Existe-t-il une bulle des prix des diamants ?

Une bulle est une hausse rapide des prix, suivie d’un brusque recul, le tout provoqué par un « comportement de marché exubérant ». Cela vous dit quelque chose ?

Résumons-nous. La demande de bijoux en diamants a atteint des plus hauts records, tendance entamée il y a environ un an. Depuis lors, l’offre de brut a augmenté, les prix du taillé ont grimpé jusqu’à un plus haut historique sur 33 mois et les détaillants de bijoux ont stocké les marchandises face à la demande exceptionnelle des consommateurs.

Ces derniers mois, les détaillants ont eu la sensation que leurs stocks étaient réduits. Ils ont donc acheté avec une vitalité renouvelée. Cela peut avoir créé une bulle des prix des diamants.

Toutefois, les ventes de bijoux en diamants ont ralenti en mai, notamment chez les bijoutiers spécialisés. Si les consommateurs commencent à freiner leurs achats de bijoux en diamants, l’association entre des prix élevés et des stocks en surplus provoquera-t-elle une chute des prix ? Le scénario n’est pas improbable.

Si le mouvement s’inverse, les étapes devraient suivre cet ordre :

  • Des achats sélectifs de brut
  • Une fabrication tempérée
  • Un recours constant à l’autofinancement, de préférence à l’endettement
  • Une gestion attentive des stocks
Conclusion

La fluctuation des prix est inévitable, quel que soit le marché. Après une crise prolongée, il est agréable d’assister à une hausse. Elle témoigne de la vitalité et de la valeur émotionnelle et esthétique durable des diamants aux yeux des consommateurs.

Il revient maintenant à l’industrie de protéger le pouvoir des diamants et de continuer à apporter de la croissance. Une gestion attentive et constante évitera, espérons-le, la naissance d’une bulle des prix des diamants.

Source Edahngolan.com