Dans le podcast Pressing Matters, consacré à l’industrie du diamant et animé par le journaliste spécialisé Avi Krawitz (The Diamond Press), Karen Rentmeesters, CEO de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), examine comment Anvers s’adapte à cet environnement en mutation, le rôle que les centres de négoce peuvent jouer dans l’élaboration des politiques publiques et ce qu’impliquent les changements réglementaires pour l’ensemble de l’industrie du diamant.
La prudence reste de mise
Depuis 8 mois, les échanges de diamants taillés progressent et les prix se raffermissent, alors que le marché du brut demeure en revanche fragilisé, même s’il tend à se stabiliser. Lors du salon Jewellery & Gem WORLD Hong Kong (JGW September 2026), le climat était plutôt positif, mais sans excès. Pour Karen Rentmeesters, cette embellie ne traduit pas encore une reprise durable de la demande. Il ne faut pas oublier que, en valeur, les chiffres restent à la baisse à deux chiffres par rapport aux années antérieures. Le secteur connaît surtout une contraction structurelle. Fermetures de mines, réduction de l’offre et gestion plus rigoureuse des stocks redessinent les grands équilibres et l’avenir de la filière.
Les fabricants et les sightholders n’ont plus l’obligation d’acheter de grandes quantités de bruts, ils maîtrisent donc mieux leurs approvisionnements, reportant sur les producteurs miniers les risques liés aux stocks. C’est ce qui explique la fermeture de certaines mines, qui ne sont plus économiquement viables.
Anvers repense son positionnement
Historiquement dominée par le commerce du brut, la place d’Anvers voit les pierres taillées devenir un moteur croissant de son activité. Les sanctions contre la Russie – le pays représentait auparavant un quart de la valeur de ses importations de brut – ont accéléré cette évolution. Parallèlement, si la directrice générale de l’AWDC observe une concentration plus forte des acteurs du diamant brut, elle constate l’inverse sur le marché du taillé, qui s’émancipe des grands acteurs.
Dans ce contexte, l’AWDC entend renforcer son rôle d’accompagnement des entreprises face à la complexité réglementaire et commerciale. Son action auprès des autorités européennes et américaines a notamment contribué à l’exemption des droits de douane américains pour les diamants taillés dans l’UE. Une avancée symbolique, mais dont la portée reste limitée par la faible capacité de taille en Europe.
Les 3 missions essentielles de l’AWDC
Karen Rentmeesters rappelle les trois missions principales de l’AWDC :
- La capacité à faire émerger des idées et à nourrir la réflexion de l’industrie (elle annonce la prochaine édition du salon Facets le 4 mai 2027)
- Etre une source d’information fiable
- Offrir davantage de souplesse aux professionnels, ce qui est crucial au moment où les grands équilibres de la filière diamant sont en train de changer
L’enjeu majeur de la traçabilité
Si la traçabilité facilite les transactions avec les grandes Maisons, elle ne suscite toutefois pas un engouement ou une demande supplémentaire de la part des clients. Mais les exigences liées à la traçabilité sont très fortes. Elles demeurent coûteuses et mal adaptées aux petites et moyennes structures, particulièrement à celles qui s’approvisionnent sur le marché secondaire (diamants déjà entrés dans le circuit commercial et dont il est parfois difficile de documenter l’origine). La directrice générale de l’AWDC cite le cas d’une entreprise de taille moyenne qui a reçu en une seule année 13 visites d’auditeurs mandatés par des marques souhaitant vérifier ses pratiques ! C’est un véritable défi pour les petites et moyennes entreprises ne sont pas adaptées pour y répondre.
Autre défi pour la filière, les nouvelles règles européennes contre les allégations environnementales trompeuses imposent de justifier les arguments de durabilité. Les allégations « durable », « écologique » ou encore « sans conflit » doivent se rattacher à des éléments précis et vérifiables. Elles concernent aussi bien les diamants naturels que les pierres de synthèse et interdisent de revendiquer une neutralité carbone sur la seule base de compensation des émissions.
Pour Karen Rentmeesters, l’avenir de la filière repose sur sa capacité à s’adapter à ces nouvelles réalités, mais aussi à retrouver une croissance durable de la demande, encore loin d’être acquise.
Nous vous recommandons d’écouter en entier ce riche et passionnant podcast.
Le podcast The Diamond Press en entier est à retrouver ICI
Image : Podcast « The Diamond Press »