Les cinq groupes qui façonnent le marché du diamant 

Avi Krawitz

La production et les exportations de diamants de l’Angola en 2025 mettent en évidence l’ampleur des transformations qu’a connu le marché du brut.

Aujourd’hui, cinq groupes structurent le marché du diamant : De Beers, Alrosa, l’Angola, l’Okavango Diamond Company et les tenders. Cette configuration marque une rupture nette avec son organisation historique.

De Beers a, pendant près d’un siècle, exercé un contrôle (in)contesté sur l’offre, notamment grâce à son accord de commercialisation de la production russe. Les régulateurs ont finalement mis fin à cette organisation au début des années 2000, permettant à Alrosa d’émerger comme un acteur majeur indépendant. Sa production a rapidement dépassé celle de De Beers, à mesure que ce dernier rationalisait son portefeuille et renforçait son positionnement de marque dans les années 2010. À une époque, Rio Tinto aurait pu être considéré comme faisant partie des « majors », mais le groupe est resté relativement discret dans le diamant et a récemment fermé sa dernière exploitation.

Au cours de cette décennie, De Beers et Alrosa ont exercé une influence déterminante sur l’environnement de marché, notamment à travers leurs décisions en matière d’offre et de prix, souvent prises de manière coordonnée face à des conditions volatiles. Compte tenu de cet alignement, le marché conservait une forme de régulation implicite, disons, pour éviter la polémique.

Parallèlement, les producteurs de taille intermédiaire et plus récents sur le marché ont progressivement augmenté la part de leur production écoulée via des enchères et des appels d’offres, en externalisant en grande partie ces opérations auprès des tenders. Dans le même temps, De Beers réduisait le rôle des négociants en brut, décourageant les sightholders de revendre leurs « boxes » sur le marché secondaire. Le négoce individuel de brut s’est ainsi contracté, le circuit des appels d’offres se substituant progressivement au marché des négociants.

Le Botswana a introduit une dimension supplémentaire. Dans les années 2010, le gouvernement a créé l’Okavango Diamond Company (ODC) afin de commercialiser 15 % de la production de Debswana — sa coentreprise avec De Beers — via des appels d’offres, dans le cadre de sa stratégie de valorisation locale. Cette part a depuis été portée à 30 % dans le cadre de l’accord actuel et devrait atteindre 50 % au cours de la prochaine décennie. Cette évolution est suffisamment marquée pour qu’ODC commence à introduire des ventes contractuelles.

L’Angola s’est également affirmé. La production a progressé à mesure que l’exploration reprenait après plusieurs années de faible activité. Si la mine de Catoca devrait progressivement décliner à l’horizon 2037, la mine de Luele, exploitée à partir de 2024, a dépassé l’an dernier Catoca en tant que premier site producteur du pays. L’Angola est par ailleurs devenu un pôle d’attraction pour l’exploration, attirant des investissements de De Beers et de Rio Tinto.

Selon le ministère des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz, la production angolaise de diamants bruts a augmenté de 8 % pour atteindre 15,19 millions de carats en 2025. Les exportations ont atteint 17 millions de carats, pour une valeur de 1,6 milliard de dollars.

Alors que l’offre était auparavant pilotée par un, puis deux acteurs partageant un objectif commun d’équilibre du marché, elle est désormais répartie entre cinq intervenants aux stratégies et aux priorités distinctes.

De Beers conserve certains attributs de son rôle historique, en offrant davantage de flexibilité à ses sightholders en période de demande affaiblie. Toutefois, l’impact de ces mesures s’est révélé moins perceptible l’an dernier, le marché du brut restant sous pression malgré ces ajustements. Par ailleurs, De Beers resserre son positionnement, privilégiant des partenariats ciblés plutôt qu’une base clients étendue.

ODC pourrait évoluer dans une direction comparable, bien que son statut d’entité soutenue par l’État l’expose également à une pression accrue en matière de génération de revenus. L’Angola et Alrosa s’inscrivent plus clairement dans cette logique : tous deux liés à des États, ils privilégient l’écoulement des volumes, y compris dans des conditions de marché peu favorables, comme le suggèrent les dernières données angolaises.

Le circuit des appels d’offres obéit à une dynamique différente. Il regroupe des acteurs indépendants commercialisant des productions « run-of-mine » via des enchères compétitives, avec des prix directement déterminés par la demande.

Cette fragmentation de l’offre constitue, en théorie, une évolution positive. Elle introduit davantage de concurrence et atténue les perceptions qui pouvaient subsister d’un fonctionnement de type cartel. Elle modifie également l’équilibre des pouvoirs au profit des fabricants, leur offrant une plus grande latitude pour refuser certaines marchandises et transférant vers les producteurs une part accrue de la gestion des stocks — une responsabilité qui incombait largement aux fabricants au cours des dernières décennies.

Le contexte n’en demeure pas moins défavorable. Le marché a aujourd’hui besoin de discipline, et non d’un surcroît de volumes, d’autant que la demande se segmente et laisse une part significative de la production sous pression.

Cette transition se révèle ainsi plus complexe pour des acteurs en montée en puissance comme ODC et l’Angola. Elle ajoute également un degré d’incertitude pour De Beers, engagé dans un processus de changement d’actionnariat, ainsi que pour Alrosa, toujours soumis aux sanctions du G7.

Il seratrès instructif d’observer la manière dont ces différents modèles évolueront, ainsi que leurs répercussions sur l’ensemble de l’industrie diamantaire. Le marché du brut entre dans une nouvelle phase, régie par des équilibres profondément renouvelés. Avec cinq acteurs majeurs du côté de l’offre, les schémas historiques ne s’appliquent plus.

Image: Rough diamonds. (Alrosa)

Source : The Diamond Press