Le marché des diamants bruts de spécialité

Avi Krawitz

La demande et les prix du brut ne s’accordent pas toujours avec les tendances du marché du taillé – au grand dam des fabricants qui regrettent souvent cette absence de cohérence. [:]Il en va différemment pour les diamants exceptionnels. La demande des négociants pour ces pierres particulières, très grosses, continue d’augmenter en 2014, comme en 2013, aussi bien pour le brut que pour le taillé.

La raison est simple : les consommateurs font preuve d’un appétit insatiable pour ces marchandises. Ils recherchent des diamants particuliers et inhabituels, qui leur permettent de se différencier sur un marché du luxe saturé. L’industrie a donc tendance à profiter de sa bonne presse lorsqu’une célébrité achète une bague sertie d’un diamant rose spécial, ou exceptionnellement gros, ou quand une telle pièce se vend aux enchères.

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Les acheteurs sont motivés par le caractère unique de la pièce, de même que par l’opportunité d’investissement. Les négociants sont d’ailleurs prêts à les conserver jusqu’à atteindre le prix souhaité. Ils surfent ainsi sur les fluctuations du marché, en en sortant relativement indemnes.

Ces diamants restent très rarement invendus. Ils continuent d’atteindre des prix record. Les maisons de vente aux enchères ont connu une année d’exception en 2013. Quelques diamants taillés spéciaux y ont enregistré des prix encore jamais vus. La concurrence aux enchères reste féroce. Ainsi, Sotheby’s n’a gère à s’inquiéter que l’acheteur du diamant IIa, fancy vivid pink, IF, de 59,60 carats, à qui elle l’a vendu 83,2 millions de dollars en novembre, l’ait récemment renvoyé lorsqu’il s’est retrouvé en défaut de paiement. La maison de vente aux enchères va certainement conserver la pièce et la vendre bien plus cher quand le moment sera venu – peut-être dans un avenir proche.

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« Les acheteurs sont motivés par le caractère unique de la pièce, de même que par l’opportunité d’investissement. »

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Un signe très encourageant pour Sotheby’s est que le brut qui donne des pierres aussi exceptionnelles continue d’atteindre des prix élevés. Le mois dernier, Petra Diamonds a vendu un diamant bleu brut de 29,62 carats, extrait de la mine de Cullinan, en Afrique du Sud, pour 25,6 millions de dollars, soit 864 865 dollars par carat. Toujours en février, Gem Diamonds a vendu un diamant brut de type II, de 162,06 carats, extrait de la mine de Letseng, au Lesotho, pour 11,1 millions de dollars, soit 68 687 dollars par carat.

Ces prix sont jugés raisonnables, étant donné la rareté des pierres, qui ne représentent qu’une très petite fraction de la production d’une mine – et toutes les mines n’en produisent pas toujours. En outre, comme nous l’avons déjà noté, ils sont considérés comme un bon investissement et toujours très demandés. La demande excède l’offre dans des proportions inédites sur le marché.

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La force du marché du brut dans son ensemble, cette année, renforce encore davantage le marché des grosses pierres. Après tout, le secteur de ces marchandises s’est montré solide tout au long de l’année 2013 et, avant cela, il s’était démarqué de la tendance volatile des marchandises commerciales plus petites.

Par conséquent, les rapports de forte demande pour les grosseurs supérieures et les couleurs fantaisie, au cours des différentes enchères qui ont eu lieu en Israël, la semaine du 10 mars, ne devraient guère être surprenants. La maîtrise d’Israël est peut-être plus révélatrice dans cette niche du marché du brut.

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« La force du marché du brut dans son ensemble, cette année, renforce encore davantage le marché des grosses pierres. »

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La position du pays a été mise en évidence lors de la Semaine internationale inaugurale du brut, qui a eu lieu à la Bourse du diamant d’Israël (IDE) la semaine du 10 mars. La De Beers, ALROSA, Rio Tinto, Tzoffey’s et I. Hennig ont chacun présenté des marchandises lors de ces cinq jours. De nombreux représentants des sociétés ont ainsi noté la prédominance d’Israël sur le marché du brut pour les grosses pierres et les couleurs fantaisie.

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Pour l’IDE et ses membres, la semaine du brut a été l’occasion de positionner le pays comme un centre commercial important pour le brut, tandis qu’il est confronté à une concurrence aiguë d’Anvers, de Dubaï, du Botswana, de Mumbai et de Hong Kong.

Ce concept de semaine du diamant a montré que, tandis que les acheteurs se dirigent là où se trouve le brut, les vendeurs gravitent aussi vers les acheteurs de qualité. Les enchères, désormais régulières, des marchandises de la De Beers, d’ALROSA et de Rio Tinto, en Israël, témoignent de la qualité de l’industrie du pays, alors même que chaque société présente aussi ses marchandises dans d’autres centres – Rio Tinto à Anvers, ALROSA à Moscou, Anvers et Hong Kong et la De Beers ayant des présentations supplémentaires à Anvers, Dubaï et Hong Kong.

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« Sur le marché du brut pour les grosses pierres et les couleurs fantaisie, [on note la prédominance d’Israël]. »

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Certains espèrent que de tels événements donneront un coup de jeune au secteur de la fabrication d’Israël, qui était autrefois plus vaste. Israël a en effet perdu une forte part de marché dans ce secteur, au profit de l’Inde, ces dix ou vingt dernières années.

Tout le monde n’est pas convaincu de la viabilité d’un secteur de la fabrication à grande échelle en Israël, du fait des coûts élevés de la main-d’œuvre par rapport à d’autres centres, tels que l’Inde et la Chine. Or, ses partisans soutiennent que la force d’Israël réside dans la fabrication de diamants de plus de 0,50 carats, pour lesquels les coûts de main-d’œuvre sont négligeables.

Pour l’instant, l’essentiel de l’activité de fabrication d’Israël porte sur des produits de niche, tels que les gros diamants, les couleurs fantaisie, les tailles fantaisie de qualité supérieure et la retaille de taillé existant. Ces secteurs se révèlent très porteurs et devraient assurer une base stable à la stratégie de croissance de l’industrie diamantaire d’Israël sur le long terme.

En ce qui concerne le marché mondial, la Semaine internationale du brut a attesté d’un élan continu sur le marché du brut dans son ensemble, avant le sight de la De Beers, prévu fin mars. Les premiers commentaires, à la sortie des différentes enchères, laissent imaginer une légère hausse des prix du brut de moins de 5 carats, la stabilité des marchandises de 5 à 10 carats et le maintien des marchandises spéciales et plus grosses.

Les craintes portent sur une nouvelle hausse des prix du brut ce mois-ci, dans le sillage du salon positif de Hong Kong, qui s’est tenu au cours de la semaine du 3 mars. Les négociants israéliens ont apporté cette motivation avec eux cette semaine et la demande de brut reste forte en mars. Beaucoup, y compris au sein de cette rubrique, se demandent si ces prix sont durables aux niveaux actuels et prévoient un ralentissement au second semestre. Même si la demande de marchandises commerciales pourrait ralentir, le marché des diamants spéciaux, de couleur fantaisie et de grosseur supérieure – à la fois bruts et taillés – devrait maintenir un rythme soutenu tout au long de l’année 2014.

Source Rapaport