Dans un article étayé publié sur sa plateforme The Diamond Press, l’expert Avi Krawitz analyse les évolutions de l’organisation du commerce du diamant ainsi que l’impact de la loi récemment adoptée en Inde. En instaurant une exonération totale de fiscalité pendant 15 ans – du 1er octobre 2026 au 31 mars 2041 – pour les entreprises étrangères qui commercialisent des diamants bruts via les Special Notified Zones (SNZ) du pays, New Delhi pourrait bien modifier la géographie du diamant.
Historiquement, chaque grand centre diamantaire occupait une fonction précise dans la chaîne de valeur. Les diamants passaient par plusieurs intermédiaires avant d’arriver au client final. Anvers jouait un rôle central grâce à son ancienneté et à son expertise. Dubaï s’est imposé comme un hub majeur de tri, de commerce et de distribution, notamment entre l’Afrique et l’Asie. Les intermédiaires et négociants occupaient une place essentielle. Aujourd’hui, le marché se redessine, chacun cherche à raccourcir les circuits afin de renforcer son intégration verticale et de mieux maîtriser l’approvisionnement, les marges et les débouchés.
Dans ce nouveau schéma, l’Inde vient de franchir une étape décisive pour renforcer sa place sur la chaîne de valeur diamantaire mondiale. Car si elle demeure le premier centre mondial de taille et de polissage, traitant environ 80 à 85% des diamants mondiaux, elle n’avait jamais réussi à capter une part équivalente des flux commerciaux. Les contraintes fiscales imposées aux sociétés étrangères ainsi que des raisons historiques ou stratégiques ont, de fait, favorisé l’émergence d’autres hubs, au premier rang desquels Dubaï, Anvers, Gaborone ou d’autres plateformes africaines situées près des lieux de production (politique de beneficiation ou transformation locale).
L’enjeu est aussi économique, la situation de l’Inde s’étant beaucoup dégradée. Les importations indiennes de brut sont passées de 18,5 milliards de dollars en 2022 à 11,1 milliards en 2025, soit une baisse de 40%. Sur les sept premiers mois de 2026, elles ont encore reculé de 25%. Les exportations de poli ont suivi la même trajectoire, chutant de 46% entre 2022 et 2025. Ces chiffres illustrent la difficulté que traverse le secteur mondial du diamant, qui cumule plusieurs handicaps : la faiblesse de la demande, les stocks abondants, l’essor du diamant de synthèse, une organisation dans laquelle l’Inde dépend encore largement d’intermédiaires étrangers.
La nouvelle loi concernera les producteurs miniers, les sightholders, les courtiers, les opérateurs de tenders ou de ventes aux enchères. En supprimant l’obstacle fiscal qui pèsesur les sociétés étrangères, New Delhi tente d’attirer des détenteurs de brut vers Mumbai et Surat, cœurs de son activité diamantaire, mais aussi de rapprocher les producteurs de la transformation et de réduire les coûts et les délais d’approvisionnement.
Le pays, qui est déjà le premier centre mondial de taille et de polissage, deviendra-t-il aussi un centre de négoce prépondérant en gagnant du poids dans la fixation des prix et la distribution ? Une évolution à suivre qui pourrait bien reconfigurer la géographie du commerce du diamant.
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Image : Observation d’un diamant