Ebola et le secteur artisanal

Michelle Graff

La semaine dernière, j’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir avec Dorothée Gizenga, la directrice exécutive de la Diamond Development Initiative.Nous avons évoqué les conséquences de l’épidémie d’Ebola sur les vies et les moyens de subsistance des creuseurs artisanaux aidés par l’organisation. [:]

Pour ceux qui ne le savent pas, la DDI œuvre à améliorer les vies des mineurs artisanaux en Afrique et en Amérique du Sud. Pour l’heure, l’organisation dispose d’un programme pilote dans la région de Kono, en Sierra Leone.

Sur place, la DDI cherche à établir un ensemble de normes, les Development Diamond Standards, en formant les creuseurs à des pratiques sociales et environnementales saines et en les aidant à les mettre en pratique. Les lieux de travail sont ensuite vérifiés et certifiés par un tiers indépendant qui garantit que les diamants ont été produits de façon éthique. La DDI met aussi en contact mineurs et acheteurs, dans le but de créer une chaîne de traçabilité.

« Tel est le programme que nous appliquons, a expliqué Dorothée Gizenga. Les mineurs artisanaux ne doivent pas être marginalisés lors de cette grande avancée vers un approvisionnement éthique. »

Jusqu’à présent, a-t-elle annoncé, ce sont cinq sites, tous dans la région de Kono, en Sierra Leone, qui ont été certifiés éthiques. La DDI entend certifier davantage de sites à Kono, puis étendre le programme à la Côte d’Ivoire et à la Guinée. Toutefois, aussi bien ces projets que les activités de la DDI en Sierra Leone ont été mis en sommeil en raison de l’épidémie d’Ebola.

Comme nous avons pu le lire dans cet article qui fait réfléchir à propos de la région de Kono, l’interdiction de se réunir en groupes, édictée dans le pays, a quasiment mis le secteur de l’extraction diamantaire à l’arrêt. Elle a touché non seulement ceux qui extraient les diamants, mais aussi les personnes chargées du négoce, des échanges et du transport des pierres.

Le 17 octobre, l’Organisation mondiale de la Santé annonçait un total de 9 216 cas suspectés, probables et confirmés de virus Ebola, répartis dans sept pays. Parmi ceux-ci, 3 410 se trouvent en Sierra Leone. Le pays n’est dépassé que par le Liberia pour l’ampleur de l’épidémie.

Dorothée Gizenga a rapporté que les membres de son personnel en Sierra Leone, entièrement composé de natifs de la région, sont sains et saufs. Elle s’inquiète pourtant des conséquences qu’aura la reprise des échanges dans le pays.

Aucune nouvelle cheminée de kimberlite n’ayant été découverte ces 20 dernières années, le monde dépend de plus en plus des pierres découvertes par des creuseurs artisanaux, dans des pays comme la Sierra Leone, qui produit des diamants de très grande qualité. Pour information, selon des statistiques du Kimberley Process, la Sierra Leone a exporté 633 232 carats de diamants l’année dernière, à une valeur de 295,54 dollars/ct, un prix satisfaisant selon un négociant.

Dorothée Gizenga a déclaré que la crise du virus Ebola aurait un effet sur les questions relatives à l’application des lois, sur lesquelles le marché a travaillé si dur dans ces pays, en particulier en matière de contrebande.

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En plus de l’extraction désormais quasiment arrêtée, la maladie a également suspendu les échanges. Ainsi, lorsque le négoce reprendra, les diamants vont saturer le marché, provoquant probablement une chute des prix et la sortie de diamants de la Sierra Leone en contrebande. Ceux qui auront dû survivre avec peu, voire aucun revenu pendant quelque temps chercheront à vendre leurs pierres par tous les moyens.

Quant aux diamants qui ne sortiront pas du pays, qui en voudra ? Y aura-t-il de nouveaux acheteurs ou les anciens reviendront-ils ? Qui occupera le vide créé par cette situation ?

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« Lorsque le négoce reprendra, les diamants vont saturer le marché, provoquant probablement une chute des prix et la sortie de diamants de la Sierra Leone en contrebande. »

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Dorothée Gizenga l’a expliqué, toutes ces questions sont encore sans réponses. L’impact d’Ebola sur l’industrie « est encore très flou pour l’instant. Plus la crise va durer, plus l’impact sera fort. »

Les employés de la DDI en Sierra Leone collectent actuellement des produits sanitaires qui seront distribués dans les zones d’extraction minière par des partenaires locaux de la société civile. Dorothée Gizenga propose aux personnes désireuses de verser des dons à la DDI et à ses partenaires locaux, pour aider à endiguer l’épidémie d’Ebola dans les communautés minières artisanales du pays, d’envoyer un e-mail à enquiries@ddiglobal.org, en indiquant leur volonté de donner spécifiquement pour le combat contre le virus Ebola.

Les dons peuvent également être adressés à Coalition Humanitaire, un organisme composé d’Oxfam, Care, Plan et Aide à l’enfance, en vue d’aider plus généralement les pays touchés par le virus Ebola.

Source National Jeweler

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