La Fashion Week de janvier a une nouvelle fois placé la Haute Joaillerie sous le signe de l’excellence, de la créativité, de l’héritage, mettant en exergue la délicatesse du trait et la beauté rare des plus belles gemmes. De Paris ou de New York à la Chine en passant par les déserts d’Arabie, les inspirations ont enchanté notre imagination.
Comme à son habitude, Dior a ouvert le bal. Restant dans le sillage des passions de Christian Dior, la couture (dentelles, galons, franges) et les jardins, la Maison rassemblait 57 pièces où des pierres minutieusement assorties composaient une mini flore abondante, légère et éclatante de couleurs. La parure Soleil Céleste éclabousse de lumière avec ses rayons d’or parsemés de petits symboles cosmiques (Christian Dior était superstitieux). Au centre, une goutte de diamant jaune de 5 carats rehausse le collier de son éclat solaire.
Héritages et renaissances
La luxuriance de Dior contraste avec le style de Cartier qui nous ramène toujours, de façon détournée, à l’épure de son héritage Art déco. « Ne jamais rajouter, toujours enlever » disait Coco Chanel.

Cartier semble l’avoir entendue comme en témoigne Jacqueline Karachi, Directrice de la création haute joaillerie pour la Maison parisienne. « Créer l’évidence de la ligne par sa sobriété, c’est tout le paradoxe d’une simplicité sophistiquée a-t-elle déclaré. C’est l’art de regarder autrement, mais aussi celui d’équilibrer à l’œil avec justesse. C’est l’art de l’équilibre, inscrit au cœur de notre démarche créative, qui révèle l’harmonie Cartier. »

L’équilibre des volumes est parfait, les formes sont étudiées au plus sobre pour mettre en valeur le dessin, la beauté des pierres et la minutie de la taille des diamants – brillant, losange, kite, taper, rectangulaire « modifiée » (allongée) – remarquable sur les colliers Parcae et Splendea. Plus loin, reflétant le riche univers du joaillier, le collier Andora, serti de cabochons de chrysoprases et de pampilles de spinelles rouges, suggère l’ondulation d’une méduse. Ailleurs, une panthère protège de sa patte la serrure d’une boîte à cigare.
Rencontre avec la grâce chez Chaumet qui exposait une courte collection de 9 pièces ornées d’ailes et travaillées dans des tonalités de bleu (saphirs de Madagascar et émail grand feu). Elles rappellent le patrimoine de ses diadèmes ailés des XIXème et XXème siècles, en particulier la parure de Gertrude Vanderbilt (1910). La pièce la plus étonnante,
un diadème aigrette qui a demandé plus de 850 heures de travail, se transforme en masque vénitien ou encore, délaissant ses ailes, en diadème ligne uniquement serti d’un profond saphir bleu nuit.

Boucheron plonge dans l’histoire et rend hommage à des moments de vie de son fondateur devenus signatures : la place Vendôme, où il fut le premier joaillier à s’installer, le collier Point d’Interrogation, récompensé à l’Exposition Universelle de 1889 et la couture (des épaulettes en longs festons de diamants se transforment en sautoir, collier court ou
broches), rappelant que le père de Frédéric Boucheron était drapier. La collection, monochrome, est d’une élégance folle. A lui seul, le collier The Untamed a demandé 2 600 heures de travail tant le serti, l’articulation et la transformabilité (des feuilles se détachent en broches) sont complexes.

Des pierres époustouflantes nous attendaient chez le britannique Graff, Maison réputée pour avoir découvert et taillé quelques-uns des diamants bruts les plus importants du monde. Sur un choker flamboyant, des gouttes de diamants et de saphirs effleurent – leur serti est surélevé – l’eau immobile de 200 carats de diamants, autour d’un saphir birman bleu velouté de 31 carats.

Dans le clan des joailliers londoniens, David Morris explorait la couleur dans toute sa puissance, du feu éclatant d’un saphir Padparadscha aux diamants roses iconiques de la Maison. Deux bagues cocktail enchantent la collection par leur charme : Queen of the Sea célèbre une perle naturelle de 41 carats, d’une rondeur presque parfaite, dont l’orient aux reflets verts, roses et orangés a inspiré le choix des diamants de couleur qui l’accompagnent tandis que Radiant Lotus, sertie d’un saphir Padparadscha naturel et ultra pur de plus de 23 carats, une splendeur, évoque la teinte délicate de la fleur qui renaît chaque matin.

Terres lointaines
De Deers London a profité de la Fashion Week d’hiver pour ouvrir son flagship parisien rue de la Paix. La lumière incandescente de l’Afrique australe semble filtrer de l’extérieur et un mur de kimberlite, roche mère où se forment les diamants, traverse les étages. Au cœur de la nouvelle collection de Haute Joaillerie, le collier-diadème Echo propage ses ondes étincelantes sur une rivière imaginaire à partir de la pierre centrale, un rare diamant bleu Fancy Intense Blue namibien de 1,12 carats.

A l’Orient du monde, la joaillière chinoise Anna Hu nous a emmenés dans les jardins impériaux de la Cité Interdite. A côté des traditionnelles orchidées de titane minutieusement peintes à la main, bagues et boucles d’oreilles figurent avec poésie la lumière qui filtre à travers les fenêtres à claustra de bois donnant sur les jardins. Un semi éclectique de perles
fines, dont les couleurs et les tailles sont multiples, reflète les ombres et les lumières changeant au fil du jour.


Au Moyen-Orient, la beauté brute du Rubis al Khali et les reliefs minéraux des montagnes d’Arabie Saoudite ont inspiré Cris Porto, une artiste et créatrice brésilienne. Le collier Alula est singulier, il saisit les contours des crêtes rocheuses façonnées par le vent. « Ce set m’a été inspiré par la vue du désert en Arabie Saoudite. Nous avons voulu capturer une émotion rare, celle que l’on ressent face à l’immensité, à la solitude majestueuse » a ainsi déclaré Cris Porto, le joaillier et fondateur de la Maison éponyme. 645 diamants (plus de 30 carats) ruissellent pour s’écouler autour de ces pics du désert, formant un relief en négatif. Une très belle émeraude coussin de 6 carats ponctue ce collier inédit et créatif.

Rarement présentés à Paris, quelques bijoux de Tiffany & Co issus du prestigieux Blue Book de Haute Joaillerie mettaient en lumière la signature de Jean Schlumberger, créateur de la Maison pendant les années 1960 et 1970 : la beauté des pierres de couleur, le travail raffiné de l’or, jamais occulté par les gemmes, le naturalisme onirique, le mouvement, les volumes aériens… Sur la bague et le bracelet Arrow, un faisceau rayonnant de flèches d’or et de diamants converge vers le soleil, un diamant taille coussin, qui renvoie lui-même ses propres flèches de lumière.

Source : Luxus +