Industrie du diamant : une règlementation dense, mais fragmentée et peu lisible

Isabelle Hossenlopp

Lors d’un Diamond Debates, Avi Krawitz a questionné Feriel Zerouki sur le thème suivant « L’industrie du diamant est-elle trop réglementée ? » A cette question, F. Zerouki, ex-De Beers et présidente du World Diamond Council (WDC), a apporté une réponse nuancée. Si elle souligne la nécessité d’établir des normes, elle souligne une accumulation de règles désordonnée de dispositifs et d’exigences qui génèrent incompréhension et difficulté d’application.

La multiplication des normes

Si les enjeux des normes sont légitimes et plébiscités (lutte contre les diamants de conflit, transparence financière, traçabilité, application des sanctions, respect des normes éthiques, sociales, environnementales … ) l’abondance de règlementation nuit à leur mise en place claire et efficace. Aux obligations du Kimberley Process Certification Scheme (KPCS), du Responsible Jewellery Council (RJC) et du Système de Garanties du WDC s’ajoutent celles des douanes, des banques, des assurances… F. Zerouki cite l’exemple d’un petit lot de marchandise pour lequel seront demandées des garanties dont la liste se révèle bien plus longue que pour l’exportation de biens plus importants. « L’ironie, c’est que pour un petit lot de diamants valant quelques milliers de dollars, vous aurez besoin de plus de documentation que pour une grande expédition de technologies valant des millions » précise-t-elle.

La superposition des normes

Ces normes se superposent souvent et proviennent d’administrations différentes, nationales et internationales, obligeant la société à répondre à chacune séparément. De plus, une même norme peut être interprétée différemment d’un pays à l’autre, exigeant des réponses séparées à une même question. Redondances chronophages, coût élevé et lourdeurs administratives deviennent un fardeau difficile à porter, en particulier pour les plus petites structures. Pour des raisons historiques et géopolitiques, le diamant fait l’objet de normes particulièrement lourdes comparé aux autres secteurs du luxe. 

L’impact limité sur la confiance des consommateurs

Que perçoit le grand public de ces normes très strictes ? A vrai dire, pas grand-chose. Si les dispositifs ont été renforcés après la parution du film « Blood Diamond » (2006), leur visibilité reste faible auprès du grand public qui exige rarement de « voir » des garanties et accorde sa confiance à la marque auprès de laquelle il fait l’acquisition d’un bijou. L’acte d’achat repose avant tout sur le design, l’émotion, le désir. L’essentiel de la pression réglementaire s’exerce donc au niveau des professionnels, le non-respect des normes pouvant ternir leur réputation et les exclure définitivement du marché construit sur la confiance.

Le rôle structurant de l’autorégulation

Les acteurs privés suscitant eux-mêmes la réglementation, est-ce la solution ? Des standards de « bonnes pratiques » sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement ont été suggérées par les leaders du marché (De Beers) et ensuite mutualisées (RJC), devançant souvent les normes du secteur public. L’intérêt de cette démarche est qu’elle a englobé l’intérêt et les requêtes de l’ensemble des acteurs, de la mine à la boutique, donnant aux normes un caractère à la fois souple, légitime et acceptable, en particulier pour les acteurs ayant une taille et un profil de risque plus sensible.

Pour Feriel Zerouki, l’enjeu est clair, harmoniser et rationaliser les procédures d’un côté, simplifier le récit pour valoriser les impacts positifs du diamant naturel de l’autre afin d’atteindre le consommateur. L’absence de cohérence et de lisibilité pénalise aujourd’hui le secteur, plus que l’excès de réglementation.

Le podcast en entier est à retrouver ICI

Source : The Diamond Press