De nouvelles directives imposent aux producteurs des prix et des sélections de pierres jugés raisonnables.
Le régulateur sud-africain du diamant a introduit de nouvelles lignes directrices imposant aux producteurs de brut de proposer leurs marchandises aux acheteurs locaux dans des conditions plus attractives
Les sociétés minières opérant dans le pays sont déjà tenues de mettre à disposition 10 % de leur production issue du run-of-mine au bénéfice du State Diamond Trader (SDT). Au-delà de ce quota, les producteurs — ou les négociants ayant acquis du brut auprès d’eux — doivent proposer les volumes restants pendant au moins quatre jours au Diamond Exchange and Export Centre (DEEC) de Johannesburg avant de pouvoir les exporter. Ce mécanisme vise à offrir aux acteurs locaux une opportunité d’achat.
Les nouvelles règles, entrées en vigueur lundi, visent à garantir que ces producteurs respectent l’esprit et non seulement la lettre de ces lois afin de permettre effectivement aux fabricants locaux d’accéder au brut et de le transformer.
Jusqu’à présent, le passage par le DEEC relevait souvent d’une formalité, les opérateurs privilégiant l’exportation, selon plusieurs sources du marché citées par Rapaport News. Les producteurs cherchaient à conserver le contrôle de leurs volumes pour des ventes par appel d’offres à Anvers ou à Dubaï, ou estimaient pouvoir obtenir de meilleures conditions à l’international. Dans certains cas, les assortiments proposés localement étaient commercialement peu viables, soit en raison de leur composition, soit de leur niveau de prix, ce qui limitait leur écoulement.
Le South African Diamond and Precious Metals Regulator (SADPMR) a informé les acteurs du secteur de cette nouvellle décision par courrier adressé vendredi dernier.
Selon ces nouvelles dispositions, les producteurs doivent désormais structurer leurs lots de manière à permettre à des acheteurs locaux disposant de capacités financières raisonnables de participer dans des conditions compétitives. Il leur est interdit de surévaluer artificiellement les lots ou d’associer des marchandises à forte demande ou à forte valeur avec des produits moins recherchés — une pratique qui, selon des observateurs du secteur, permettait de rendre les assortiments invendables et de réserver les meilleures pierres à l’export.
En cas d’invendus sur le marché local, les producteurs devront démontrer que les lots étaient proposés dans des conditions de taille et de prix raisonnables. Le régulateur a également défini des types d’assortiments acceptables ainsi qu’une procédure de résolution des différends lorsque l’estimation de prix d’un producteur diverge de celle du SDT.
« L’objectif de ces lignes directrices est de créer un environnement favorable au sein du DEEC afin de concriser l’ambition du régulateur : promouvoir un accès équitable aux diamants de la République et encourager leur transformation locale », a indiqué le SADPMR dans un communiqué.
Le dispositif repose sur une « approche équilibrée prenant en compte les intérêts de l’ensemble des parties prenantes », précise le régulateur, ajoutant que ces mesures ne visent pas à pénaliser les producteurs, sauf dans les cas où leur objectif principal serait l’exportation systématique.
Ces règles s’appliquent également aux négociants souhaitant exporter du brut.
L’industrie minière sud-africaine du diamant a reculé ces dernières années, sous l’effet de contraintes économiques et réglementaires. Les principaux acteurs restent De Beers, opérateur de la mine de Venetia, et Petra Diamonds, actif notamment sur les gisements de Cullinan et de Finsch. Ekapa Mining aurait engagé une procédure de liquidation à la suite d’un glissement de terrain mortel, tandis que Trans Hex affiche des niveaux de production en retrait.
De Beers est exempté de l’obligation de présentation préalable au DEEC, dans la mesure où le groupe commercialise déjà entre 40 % et 60 % de la valeur de sa production sud-africaine auprès de sightholders engagés dans la transformation locale.
Dans ce contexte, Petra Diamonds apparaît comme le principal opérateur concerné par ces nouvelles règles. L’an dernier, la société a déplacé ses ventes de Cullinan et Finsch de Johannesburg vers Anvers, tout en renforçant ses activités commerciales en Belgique et à Dubaï. Aucun élément n’indique toutefois que Petra ait eu recours aux pratiques visées par la nouvelle réglementation.
« Petra a pris connaissance des communications du SADPMR et évalue actuellement leur impact potentiel sur ses activités », a indiqué un porte-parole du groupe. « En tant qu’opérateur responsable, la société continuera de se conformer au cadre légal et réglementaire applicable. »
Au-delà de ces ajustements, ces évolutions illustrent les difficultés rencontrées par l’Afrique du Sud — et plus largement par plusieurs pays producteurs africains — pour développer efficacement les politiques de valorisation locale (beneficiation). Une part significative du brut commercialisé dans le pays continue d’être exportée.
La mise en œuvre effective de ces nouvelles règles constituera un enjeu central. « L’Afrique du Sud dispose d’un cadre réglementaire étoffé, mais son application reste inégale », souligne un négociant local.
Image principale : un employé de De Beers présentant des diamants bruts dans le centre de ventes de Kimberley, Afrique du Sud (Ben Perry/Armoury Films/De Beers).
Source : Rapaport