Anglo American divise presque par deux la valorisation de De Beers

Joshua Freedman

En bref :

  • Anglo American a procédé à une troisième révision à la baisse de la « valeur comptable » de De Beers en trois ans, la ramenant de 4,1 à 2,3 milliards de dollars, a annoncé vendredi la maison-mère à l’occasion de la publication de ses résultats annuels. Cette valeur correspond à l’estimation de l’actif dans les comptes du groupe.
  • La dépréciation nette s’élève à 2,3 milliards de dollars avant impôts — soit 1,8 milliard après impôts et autres ajustements — et reflète des anticipations de prix du diamant revues à la baisse, à court comme à long terme.
  • Le chiffre d’affaires de De Beers a progressé de 6 % en 2025, à 3,49 milliards de dollars. Ce niveau demeure toutefois faible au regard des années précédentes, dans un contexte de « conditions de marché difficiles » pour le diamant brut.
  • Les ventes de diamants bruts (base 100 %) ont augmenté de 23 %, à 23,9 millions de carats. Sur une base consolidée — excluant les ventes des coentreprises — les volumes ont progressé de 17 %, à 20,9 millions de carats, pour une valeur en hausse de 11 %, à 3 milliards de dollars.
  • L’indice des prix du brut a reculé de 12 % hors opérations de « rééquilibrage des stocks » — des transactions spécifiques permettant d’écouler, à prix décotés, des volumes importants de marchandises moins demandées auprès des sightholders. En incluant ces opérations, la baisse atteint 25 %. Le prix moyen de vente a reculé de 7 %, à 142 dollars par carat sur une base consolidée, reflétant l’évolution de l’indice et l’impact de ces transactions.
  • La perte opérationnelle sous-jacente de De Beers s’est creusée à 739 millions de dollars, contre 288 millions un an plus tôt. La perte d’EBITDA sous-jacent a fortement augmenté, à 511 millions de dollars contre 25 millions précédemment, sous l’effet de la baisse des prix et des ventes à conditions spécifiques.
  • Au niveau du groupe, la perte nette d’Anglo American s’est accrue de 22 %, à 3,74 milliards de dollars, principalement en raison de cette dépréciation.

Analyse Rapaport :

Le marché anticipait une révision de la valorisation de De Beers depuis l’annonce, deux semaines auparavant, de réflexions en ce sens par Anglo American. L’ampleur de l’ajustement se situe toutefois dans la fourchette haute des attentes.

Le groupe invoque deux facteurs principaux : une « évolution des préférences des consommateurs vers les diamants de synthèse qui se prolonge» ainsi qu’un « excès d’offre de brut par rapport à la demande actuelle ». S’y ajoutent des facteurs macroéconomiques, notamment les droits de douane américains et la faiblesse persistante de la demande chinoise.

« La direction a actualisé ses estimations concernant le diamants de synthèse, reflétant une pénétration plus élevée attendue à court terme, tandis que l’impact sur les diamants naturels à moyen et long terme demeure inchangé », indique le groupe.

On observe une dégradation progressive de la perception d’Anglo American à l’égard de De Beers et du marché du diamant. Après deux dépréciations successives en 2024 et 2025, le groupe avait annoncé en mai 2024 son intention de céder ou de scinder De Beers. Autrefois actif stratégique central, la société est désormais considérée comme un fardeau en raison de l’incertitude qui pèse sur le marché du diamant naturel.

Le processus de cession se poursuit. « Nous sommes à un stade avancé de discussions avec un groupe restreint de parties intéressées », a déclaré le directeur général Duncan Wanblad lors de la conférence de résultats. « Toutes sont des acteurs stratégiques et nous approchons de la phase finale. Les échanges avec le gouvernement du Botswana demeurent particulièrement constructifs et déterminants pour l’issue du processus. »

Les acquéreurs potentiels sont organisés en consortiums, dont certains incluent des États. « Il est possible que notre participation de 85 % dans De Beers soit cédée en deux ou trois parties, en fonction de l’évolution des négociations dans les prochaines semaines », a-t-il précisé.

Parmi les candidats évoqués figureraient les gouvernements du Botswana, de l’Angola et de la Namibie, ainsi qu’un consortium mené par l’ancien dirigeant de De Beers, Gareth Penny, selon plusieurs sources.

Les résultats financiers de De Beers traduisent une année contrastée. Les volumes et la valeur des ventes ont progressé, mais le chiffre d’affaires demeure qualifié de « modéré » et reste faible au regard des standards historiques. La croissance a été soutenue non par la demande, mais par une décision stratégique consistant à s’écarter de la politique habituelle de restriction de l’offre en période de ralentissement, en écoulant des volumes importants de brut moins recherchés via des transactions spécifiques. Les pertes enregistrées reflètent l’impact de ces opérations sur les marges.

Quant au marché, De Beers s’est montrée particulièrement critique envers certaines pratiques de l’industrie, mais de manière prudente. Bien que De Beers ait aligné sa production sur l’appétit pour son offre, la société a indiqué que « la demande pour les diamants plus petits et de moindre qualité a été sous pression en raison de l’augmentation de l’offre provenant d’autres producteurs », indique-t-il — en référence probable à l’Angola, qui a écoulé en 2025 d’importants volumes de brut de moindre valeur à prix décotés. Duncan Wanblad a précisé que les difficultés du marché avaient été « exacerbées par l’augmentation de l’offre, notamment en provenance de l’Angola ».

« De plus, Anglo American a reproché à « certains détaillants » de retarder la pleine différenciation entre les diamants naturels et synthétiques en maintenant « des marges de détail élevées sur les pierres de synthèse malgré la poursuite de la baisse des prix de gros ».

Image : diamants bruts (De Beers).

Source : Rapaport