7 tendances susceptibles de façonner l’avenir de l’industrie du diamant

Stephen Rego

Des experts indiens analysent les dynamiques politiques, réglementaires et de marché que les diamantaires devront suivre en 2026 et au-delà

Mumbai — À peine deux mois après le début de l’année 2026, le secteur évolue déjà dans un environnement particulièrement instable.

L’imprévisibilité engendrée par les turbulences politiques et économiques mondiales a atteint un niveau inédit. Cette incertitude intervient à un moment particulièrement délicat pour l’industrie du diamant, engagée dans une phase de reprise après un ralentissement prolongé.

Des évolutions soudaines peuvent remettre en cause, en quelques instants, des années de planification.

Dans ce contexte, quelles perspectives pour le reste de l’année 2026 ? Comment l’industrie peut-elle naviguer dans cet environnement incertain et quels sont les principaux éléments à surveiller ?

National Jeweler a interrogé un panel de diamantaires expérimentés, de responsables d’organisations professionnelles et d’analystes basés en Inde afin de recueillir leurs anticipations pour l’année à venir.

En croisant ces témoignages avec les données et analyses disponibles, sept tendances majeures se dégagent pour les acteurs du secteur.

1. Une reprise hétérogène
En 2025, la demande de diamants a progressé dans les deux principaux marchés mondiaux, les États-Unis et l’Inde.

D’autres marchés ont également envoyé des signaux positifs. La Chine fait toutefois exception, même si les fabricants estiment que la contraction de la demande pourrait avoir atteint un point bas.

Si cette tendance globale nourrit un certain optimisme chez les fabricants indiens, elle masque néanmoins de fortes disparités selon les segments.

Au niveau du commerce de détail, le haut de gamme tire son épingle du jeu, tandis que la situation au niveau intermédiaire varie selon trois segments distincts.

Russell Mehta, directeur général de Rosy Blue India, indique : « La demande pour les grosses pierres (au-delà de 2 à 3 carats) reste relativement stable et les prix commencent à se raffermir. »

Il observe également une amélioration sur le segment des petites pierres (inférieures à 0,18 carat).

« Les prix se redressent, tout en restant modérés, ce qui suggère une stabilisation progressive », précise-t-il.

En revanche, le segment intermédiaire — compris entre 20 points et environ 2 carats — demeure « sous tension et difficile » et ne devrait pas connaître d’évolution significative en 2026.

« La Chine, qui constituait un débouché important pour ces catégories, reste en retrait, tandis qu’aux États-Unis, les diamants de synthèse ont capté une part significative du marché », ajoute-t-il.

2. Droits de douane, sanctions et accords commerciaux s’inscrivent dans la durée

Les droits de douane apparaissent désormais comme une variable structurelle, au gré d’évolutions rapides et parfois contradictoires, affectant le commerce du diamant brut et taillé.

En 2025, les préoccupations liées aux sanctions sur les diamants russes sont passées au second plan, éclipsées par les négociations commerciales — notamment entre l’Inde et les États-Unis.

Début février, un accord semblait proche, laissant entrevoir une exemption pour les diamants naturels et les pierres précieuses, tandis que la fiscalité sur la joaillerie devait être revue à la baisse.

Cette perspective a suscité un soulagement temporaire, rapidement tempéré.

Les droits de douane ont été réintroduits et devraient se maintenir autour de 10 %, avec une possible hausse à 15 % dans les mois à venir.

Si ce niveau reste inférieur au taux de 18 % appliqué précédemment sur la joaillerie, des incertitudes persistent quant au traitement des diamants naturels non montés.

Parallèlement, les diamantaires indiens anticipent des effets positifs, plus diffus, des accords commerciaux conclus avec le Royaume-Uni, l’Union européenne, Oman ou encore l’Australie.

3. L’équilibre de l’offre dépendra des producteurs et du midstream
Un rééquilibrage progressif entre l’offre et la demande semble se dessiner au sein de la filière.

Selon l’analyste Pranay Narvekar, cet ajustement aurait pu intervenir plus tôt sans l’impact des droits de douane américains. Il anticipe un retour à une forme d’équilibre à l’horizon mi-2026.

Cette évolution repose toutefois davantage sur une contraction de l’offre que sur une reprise de la demande.

« La production de brut destinée au marché est désormais nettement inférieure aux niveaux historiques », indique-t-il, estimant qu’elle devrait se stabiliser autour de 100 millions de carats dans les prochaines années.

À titre de comparaison, la production mondiale avait atteint un pic proche de 177 millions de carats en 2005.

« Les grandes sociétés minières ont significativement revu à la baisse leurs prévisions pour cette année, tandis que certaines mines de plus petite taille ont été placées en maintenance et que d’autres ont été fermées », a-t-il déclaré.

Les données empiriques indiquent par ailleurs que le segment intermédiaire s’est restructuré au cours des dernières années, avec une capacité globale désormais nettement inférieure aux niveaux observés au pic post-Covid de 2022.

De nombreux acteurs de taille plus modeste se sont soit réorientés vers la taille de diamants de synthèse, soit retirés du secteur, sous l’effet d’un ralentissement prolongé.

Les phases d’achats spéculatifs à des niveaux de prix déconnectés des fondamentaux du marché appartiennent désormais au passé.

Signé en Angola en juin 2025, l’accord de Luanda engage les pays producteurs de diamants ainsi que plusieurs organisations clés du secteur à contribuer au financement du Natural Diamond Council afin de soutenir ses actions de marketing. L’accord a pris de l’ampleur au début de l’année 2026, laissant entrevoir la mise en place d’une campagne mondiale de promotion du diamant naturel à l’approche des fêtes de fin d’année.

4. Une intensification des efforts marketing en faveur du diamant naturel
« L’accord de Luanda sur le marketing générique constitue un tournant majeur pour l’industrie », souligne Shaunak Parikh, vice-président du Gem & Jewellery Export Promotion Council (GJEPC).

Selon lui, cet accord marque l’émergence d’une nouvelle dynamique collective au sein de la filière.

« Des gouvernements de pays miniers ainsi que des acteurs du midstream unissent désormais leurs efforts avec le Natural Diamond Council pour soutenir la promotion de l’ensemble du secteur », précise-t-il.

Le NDC, qui centralisera ces ressources, devrait déployer en 2026 des campagnes d’envergure sur les principaux marchés lors des périodes clés de l’année.

En Inde, les effets des campagnes menées par De Beers, Titan et le GJEPC sont déjà perceptibles. La croissance des ventes de joaillerie en diamant s’inscrit dans la durée, avec une demande qui pourrait presque doubler d’ici 2030.

5. Un rôle accru des États dans la filière
Depuis l’essor des politiques de valorisation locale (beneficiation), le rôle des États producteurs n’a cessé de se renforcer.

Au-delà de leur implication dans le marketing, une évolution structurante pourrait émerger : l’entrée de consortiums étatiques au capital de De Beers.

La maison-mère Anglo American a confirmé en mai 2024 son intention de céder sa participation dans le groupe, dans le cadre d’une réorientation stratégique vers les énergies dites « vertes ».

Lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre, le 20 février, son directeur général Duncan Wanblad a indiqué que des discussions avancées étaient en cours avec plusieurs parties intéressées, certaines incluant des États.

« Toutes les parties impliquées sont des acteurs stratégiques, et nous sommes dans la phase finale du processus », a-t-il précisé, soulignant le rôle déterminant du gouvernement du Botswana.

L’issue de cette opération pourrait avoir des implications significatives sur les équilibres de l’offre.

Par ailleurs, l’Inde assure cette année la présidence du Processus de Kimberley et entend ouvrir de nouvelles perspectives pour ce mécanisme de traçabilité.

« Nous souhaitons renforcer la visibilité du KP », indique Sabyasachi Ray, directeur exécutif du GJEPC, impliqué dans une initiative baptisée « C-3 ».

« Le KP a contribué à structurer des chaînes d’approvisionnement légitimes, à soutenir le développement socio-économique et à accompagner la transition de certains pays vers des formes de gouvernance plus stables », souligne-t-il.

S’il reconnaît les limites du dispositif, il insiste sur ses acquis : « Le système de traçabilité du KP a renforcé la crédibilité du secteur et instauré une culture de conformité. Correctement valorisés, ces éléments peuvent contribuer à renforcer la confiance des consommateurs. »

6. Les ventes de diamants de synthèse ont-elles atteint un pic ?
Il semble probable que la progression rapide des diamants de synthèse, qui ont fortement concurrencé les diamants naturels ces dernières années, ait atteint — ou soit sur le point d’atteindre — un point haut.

Les prix de gros ont fortement reculé au cours des deux dernières années et, si la croissance s’est poursuivie grâce à l’augmentation des volumes vendus, celle-ci montre désormais des signes de stabilisation.

Les détaillants sont aujourd’hui contraints d’écouler des volumes toujours plus importants pour préserver leurs niveaux de marge.

Un professionnel du secteur illustre cette dynamique par un calcul simple : une marge de 50 % sur une vente de 100 dollars contribue moins au résultat qu’une marge de 30 % sur une vente de 300 dollars.

Face à cette pression, notamment aux États-Unis, une part croissante des ventes de diamants de synthèse pourrait se concentrer dans les grandes enseignes au cours des prochaines années.

Pranay Narvekar estime pour sa part que ce segment devrait atteindre un point d’inflexion à moyen terme, la baisse des prix pesant directement sur les marges du retail.

Un rapport récent du cabinet d’analyse de données Tenoris indique d’ailleurs un recul des ventes unitaires de diamants de synthèse non montés en janvier.

Si ce repli peut être interprété comme un ajustement après une année 2025 particulièrement dynamique, Edahn Golan, cofondateur de Tenoris, souligne qu’il constitue un jalon notable, susceptible de signaler l’entrée du marché dans « une phase plus sobre et plus mature ».

7. Quel impact de l’intelligence artificielle sur la filière ?
Une grande majorité de diamantaires considère que la vague actuelle de technologies liées à l’intelligence artificielle transforme davantage les fonctions de gestion et de pilotage que les opérations industrielles.

Vinit Jogani, de [Diatech.AI], confirme que, dans le segment des diamants non montés, l’impact le plus significatif concerne aujourd’hui les activités de planification et de trading.

« Les outils d’intelligence artificielle appliqués à la tarification, à l’optimisation des stocks et à l’analyse de l’offre et de la demande sont désormais opérationnels et utilisés au quotidien », précise-t-il.

À plus long terme, l’essor de l’intelligence artificielle générative (GenAI) pourrait également influencer la planification industrielle, notamment en matière d’optimisation des rendements et de choix de taille.

À ce stade, les effets les plus immédiats de ces technologies se manifestent surtout dans le segment de la joaillerie, en particulier dans le développement produit, la fabrication, le retail et le marketing.

En amont de la filière — notamment dans l’extraction et la transformation du brut — les cycles d’adoption restent plus longs, et leur impact ne devrait se matérialiser que progressivement.


Main Image : De Beers – Parmi les tendances suivies cette année par Stephen Rego, contributeur de National Jeweler en Inde, figure l’intensification attendue des efforts de marketing en faveur du diamant naturel aux États-Unis et sur d’autres marchés, notamment en Inde. En illustration, la récente ouverture du flagship Forevermark à Mumbai, désormais la plus grande boutique de la marque au monde.

Source : The National Jeweler