Rapport sur le marché pour le mois d’octobre : l’ombre de la stabilisation

| 24 June 2015

Rapport sur le marché pour le mois d’octobre : l’ombre de la stabilisation
"Rapport sur le marché pour le mois d’octobre : l’ombre de la stabilisation"

Après le sight de la DTC, d’une taille étonnamment grande, les acteurs du marché ont été submergés par l’incertitude. Incertains au sujet d’une forte baisse des prix, ils manquaient de confiance quant au type de réponse qu’il fallait attendre des autres acteurs. C’est pourquoi nous avons pris un peu de temps avant de publier notre rapport sur le marché pour octobre, dans l’attente des statistiques d’import-export de la Belgique et de l’Inde. Grâce à ces données, nous avons donc pu établir quelques conclusions.

Jusqu’à présent, les résultats sont les suivants : les prix actualisés ont donné l’occasion aux fabricants d’obtenir une marge, d’où la promesse d’une stabilisation rapide du secteur. Or, cela ne se produira que si le marché ne prend pas aujourd’hui de décisions précipitées.

L’ombre de la stabilisation

Les statistiques sur les exportations de l’Inde (GJEPC) n’ont pas encore été publiées, mais l’AWDC en a produit certaines. Selon elles, le prix moyen du brut importé en Belgique en août s’élevait à 119,378 dollars/ct, soit une baisse de 17,3 % par rapport à septembre.
Les prix mensuels du brut importé en Belgique sont détaillés dans le tableau ci-dessous (le premier chiffre dans une colonne indique la valeur des importations en millions de dollars, le deuxième, le volume des importations en millions de carats et le chiffre du bas indique le prix moyen par carat importé) :

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Ainsi, la valeur moyenne par carat du brut importé en Belgique en octobre a atteint la limite basse de l’année. Depuis janvier, la valeur des diamants importés en Belgique a diminué de 12,6 % et de 26,3 % par rapport au plafond enregistré en mai.
Au final, ces évolutions de prix confirment les suggestions des participants du marché le mois dernier. Début octobre, la DTC a organisé un sight important en termes de volume en carats ; or, quelles que soient les apparences, les prix du brut ont été réduits à cette occasion. Il existe des raisons de croire que la De Beers n’était pas seule à agir de la sorte et que le Russe Alrosa a fait de même, d’où cette baisse sensible des prix à l’importation en Belgique.
Un point bien plus intéressant se dégage si l’on regarde les prix des exportations belges (voir le tableau ci-dessous, basé sur le modèle qui précède) :

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On le voit dans le tableau, ces derniers mois, le prix moyen du brut importé depuis la Belgique évolue tout à fait différemment du prix moyen du brut importé dans le pays. Malgré une baisse de 17 % des prix du brut importé en octobre, un carat de diamants exporté de Belgique en octobre valait en moyenne 123,9 dollars, en hausse de 5,6 % par rapport au mois précédent.
Cet écart s’observe plus nettement sur le schéma suivant :

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Ce n’est qu’en octobre que les courbes retraçant les prix à l’exportation et les prix à l’importation se « croisent » enfin en un point donné.

Quel est le sens de cette évolution ?

La valeur des exportations du brut de Belgique peut apparemment servir d’indicateur du prix moyen auquel les fabricants ont obtenu leur approvisionnement, ou encore des prix du brut sur le marché secondaire. De toute évidence, depuis juillet, suite à une nouvelle hausse des prix du brut de la part des sociétés minières, la valeur des diamants s’est révélée trop élevée pour le consommateur « final » (dans ce cas, le segment de la fabrication ; jusqu’à présent, nous ne tenions pas compte du marché du taillé). En conséquence, le transfert du brut des sociétés minières jusqu’au marché était assorti de prix élevés, mais les échanges entre les participants du marché se faisaient à un prix inférieur. Les graphiques ci-dessus ne constituent qu’une confirmation visuelle des données en provenance des soumissionnaires ces derniers mois, tandis que l’attitude à l’égard de ces mesures était ambiguë.
Cependant, en octobre, la baisse des prix des miniers semblait avoir enfin équilibré le marché…

La roupie, une fois de plus

Faisons ici un aparté sur les motifs de la baisse des prix.
Pour réduire les prix, il n’est pas du tout nécessaire de réviser les tarifs, il suffit d’ajuster la gamme du brut négocié. Les prix des pierres de même grosseur, mais de puretés et couleurs différentes, peuvent considérablement varier. Si, dans votre offre, vous augmentez la part de brut Mêlée ou Piqué, généralement peu onéreux, la baisse du prix de vente moyen par carat est quasi-assurée. Dans ce cas, le volume des ventes sera intéressant, ces marchandises étant très demandées en raison de leur prix.
Apparemment, en octobre, les miniers ont eu recours à cet ajustement de la gamme des marchandises, principalement à destination des diamantaires indiens.
Si l’on étudie le taux de change de la roupie indienne, on constate que les fortes ventes d’octobre n’étaient pas uniquement liées à des prix réduits.

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Depuis le printemps de cette année, les diamantaires indiens subissent une crise des liquidités provoquée par l’affaiblissement de la roupie, une situation qui a compliqué les opérations d’import-export. En septembre, et plus encore en octobre, le taux de change de la roupie s’est significativement renforcé : les entreprises indiennes ont alors obtenu plus de dollars lors des transactions de conversion et ont donc amplifié leurs achats de brut.
Cependant, à partir de novembre, la devise indienne a de nouveau tremblé, elle s’échange désormais aux environs de 55 roupies pour un dollar. Ainsi, depuis novembre, les diamantaires indiens ont recommencé à éprouver des difficultés, chose qu’ils pourront bien entendu compenser par un ajustement de la gamme des marchandises, mais cela ne suffira pas.

Comment résister à la tentation ?

Une fois de plus, les miniers doivent éviter en priorité les brusques revirements. Pourtant, la tentation est plus forte que jamais de le faire.
À en juger par les articles de presse et les rapports d’entreprise, les deux plus grands miniers, la De Beers et Alrosa, sont en difficulté. Alrosa affiche actuellement un endettement considérable, comparable à son passif d’avant la crise. Dans les prochains mois, la société devra vendre suffisamment de brut : Alrosa a vendu 3,175 milliards de dollars de brut pendant neuf mois et reste déterminée à « asseoir sa position », à savoir atteindre son objectif de 4,5 milliards de dollars. La société a l’intention de se procurer une partie des 1,3 milliard de dollars restants grâce à ses ventes à Gokhran ; il est toutefois peu probable que cela concerne une somme importante. Selon les articles de presse, le soutien du gouvernement reste incertain. Évidemment, les ventes d’Alrosa sont maintenant bien mieux organisées qu’en 2008 grâce à une transition vers des contrats à long terme. Néanmoins, le défi pour la société reste complexe.

La situation à la De Beers n’en est pas moins compliquée. Comme cela a été indiqué dans les précédents rapports sur le marché, la société est loin d’avoir rattrapé le niveau des ventes de l’an dernier et un grand sight ne suffit pas pour compenser ce retard. D’autre part, des signes de mécontentement transparaissent chez le principal actionnaire de la société, Anglo American, quant aux performances de la De Beers (il suffit de se rappeler du licenciement de Cynthia Carroll).
Dans cette situation, il est tentant pour les miniers de continuer à proposer de grandes quantités de brut à bas prix (voire avec des prix à la baisse).
Tel était le message, bien que plutôt voilé, récemment exprimé par Nigel Simpson, le représentant de la De Beers. Il a déclaré que, bien que toutes les marchandises vendues lors du sight d’octobre « ne seraient pas transformées en taillé cette saison, les sightholders doivent continuer à gérer leur entreprises et à acheter du brut pour alimenter le secteur de la fabrication. »
Avec ces mots, la De Beers explique qu’une partie du brut bon marché vendu en octobre a été grossir les stocks. Mais la société appelle à poursuivre des achats en masse.
Les diamantaires indiens (qui représentent encore plus de 75 % du brut consommé) ne sont désormais plus en mesure de cumuler d’importants stocks de brut, même bon marché. Pour stabiliser leur activité, ils ont besoin de temps pour travailler de petites quantités de diamants : ils doivent les tailler assez rapidement et vendre les marchandises en résultant, pour pouvoir de nouveau acheter du brut et ainsi prouver à leurs banques qu’ils renouvellent sans cesse leurs produits. D’une façon ou d’une autre, il faudra un certain temps pour traiter les stocks accumulés. Ils ne profiteront pas non plus des variations de valeur de leurs réserves ; en fait, peu importe si elle monte ou si elle descend.
La part accrue de « marchandises indiennes » proposées par les miniers peut être considérée comme une étape dans la satisfaction des besoins du marché. Mais il serait sans doute préférable pour l’ensemble du secteur que les miniers cessent maintenant d’agir ainsi et qu’ils ne modifient pas les prix, tout en maintenant la stabilité des ventes. Les fabricants auront alors l’occasion de négocier d’après leurs prévisions, au lieu de tenter de s’adapter chaque mois aux nouvelles conditions du marché.

Si nous nous désintéressions des problèmes à court terme, nous verrions que le marché présente encore de belles perspectives car la consommation du produit final, les bijoux en diamants, ne cesse de croître et ce, même si cette croissance n’atteint pas les niveaux de 2011.
Les joailliers et fabricants de luxe, qui ont publié leurs rapports pour le 3ème trimestre 2012, ont enregistré une augmentation de leur chiffre d’affaires. Blue Nile, qui vend des diamants et des bijoux, a vu ses revenus progresser de 20 % au troisième trimestre, PPR a connu une hausse de ses revenus dans le segment du luxe de 12 %, Titan Industries (marque Tanishq) a constaté une hausse de ses ventes de bijoux de 6 %, tandis que les ventes de Charles & Colvard se sont appréciées de 76 %.
Cette croissance devrait aller en s’amplifiant dans les mois à venir grâce aux fêtes de fin d’année : Diwali, Thanksgiving et Noël. Les experts prévoient également que la croissance de consommation soit stimulée par la fin des incertitudes politiques suite aux élections américaines et au changement de dirigeants du Parti communiste chinois.

La consommation accrue de diamants entraînera un rapide rétablissement de l’industrie de la taille. Après cela, les diamantaires pourront une fois de plus augmenter leurs achats.
Peut-être sera-t-il alors de nouveau possible de parler d’une hausse des prix du brut.

Source Rough&Polished

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