Rapport sur le marché du diamant du mois de janvier 2014

| 10 July 2015

Rapport sur le marché du diamant du mois de janvier 2014
"Rapport sur le marché du diamant du mois de janvier 2014"

Imaginez que vous retrouvez un ancien copain d’école, que vous n’avez pas vu depuis 20 ans. Bien souvent, cela tourne autour d’un seul et même scénario : après avoir discuté à peine une demi-heure, vous vous rendez compte que ces 20 années n’ont pas apporté le moindre changement dans sa vie et à son caractère. Et il est peu probable qu’il change à l’avenir. Cela vous rappelle quelque chose?

Vous aurez la même sensation avec le marché du diamant si vous vous absentez six mois et que vous vous y intéressez à nouveau.

Au sujet de 2013, avec déception

Il semble que cette année fut pleine de toutes sortes d’évènements prenant place sur le marché. La demande de brut s’est effondrée par moments pour rebondir de plus belle avec une nouvelle intensité. Les prix ont fluctué. La roupie indienne a plongé. Les banques diamantaires ont refusé de travailler. Les fabricants indiens ont souffert d’une crise des liquidités et ont appris à s’adapter à de nouvelles réalités. La vie semblait battre son plein. Mais si vous regardez les prix en début et en fin d’année, vous remarquez que toute cette hyperactivité n’a produit absolument aucun résultat.levina_10022014_fig1_eng

(Basé sur les statistiques du commerce extérieur du AWDC et du GJEPC)


À vrai dire, cela fait deux ans que les prix du brut sont stationnaires. Le brut en provenance des producteurs arrive à Anvers à un prix d’environ 140 dollars le carat. Une partie des pierres coûteuses reste en Belgique pour être taillées, tandis que le reste est vendu plus loin dans la chaîne à un prix moyen dépassant juste 120 dollars le carat. La majeure partie du brut mondial (environ 90 %) afflue vers l’Inde à un prix moyen juste en dessous de 100 dollars le carat. Des fluctuations de prix se produisent, mais tout revient à la normale en quelques mois. Aucune tentative d’augmentation des prix de la part des miniers n’a perduré à long terme.

« Aucune tentative d’augmentation des prix de la part des miniers n’a perduré à long terme. »

De plus, d’après les chiffres du AWDC, ce sont les diamantaires basés à Anvers qui sont le vecteur d’une baisse des prix. À chaque fois que les miniers augmentent leurs prix, des quantités supplémentaires de brut sont libérées des stocks d’Anvers. Prenez le mois d’avril par exemple. En avril, la De Beers a augmenté les prix de 3 % à 8 % lors de son sight (cette hausse est évidente dans le graphique qui reflète les prix du brut importé). Anvers a importé 9 millions de carats de diamants à ces prix-là, mais ses exportations s’élevaient à 11 millions de carats. En raison de la quantité de brut supplémentaire puisée dans le stock, les prix à l’exportation ont chuté de 12 %. Cette année-là, tous les cas de réductions de prix tangibles étaient associés aux mouvements de stocks – en l’espace d’un an, les exportations à Anvers ont devancé les importations de 11 millions de carats. On ne peut qu’imaginer l’importance des stocks de brut de la Belgique – en 2012, ils se sont amoindris de 16 millions de carats, et en 2011 de 8 millions de carats.

À propos de 2014, avec espoir

C’est la raison pour laquelle les rapports des analystes sur les résultats de 2013 et les perspectives de 2014 ne regorgent pas d’optimisme. En janvier, nous avons à nouveau eu droit au même scénario. Selon les sightholders, les prix du brut lors du sight de janvier de la De Beers, estimé à 700 millions de dollars, ont augmenté en moyenne de 3 % à 5 %, tandis que les prix pour certaines catégories de brut ont augmenté de près de 10 %. Les ventes de brut d’ALROSA lors de la première séance de négociation ont atteint 350 à 400 millions de dollars, selon les acteurs du marché. Les deux sociétés ont observé une demande effrénée pour le brut, avec des clients réclamant des quantités supplémentaires lors des séances de négociations, mais leurs demandes n’ont pu être satisfaites. À cet égard, ALROSA a reçu « un coup de main » de la part de Gokhran et lui a vendu des diamants en marge du programme de décembre 2013, quand l’Etat a acheté pour environ 90 millions de dollars de brut à la société en exerçant son droit de préemption. En conséquence, des boîtes provenant des deux producteurs circulent désormais sur le marché secondaire avec un premium, et tous les acteurs du marché s’attendent également à une hausse des prix en février, ce qui est logique dans un tel cas.

D’une part, des prix plus élevés en début d’année correspondent à une situation familière, qui s’est déjà produite plus d’une fois. D’autre part, il y a certaines répercussions évidentes sur le marché qui pourraient permettre à cette montée des prix de devenir une tendance à long terme plutôt qu’un pic à court terme.

La raison principale qui empêche la croissance des prix du diamant est la croissance limitée des prix du taillé. Mais ces derniers mois, le taillé a gagné de la valeur à un rythme plus rapide que le brut. C’est d’ailleurs peut-être bien la première fois en deux ans.

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(L’indice du brut et du taillé d’Anvers se base sur les statistiques publiées par le AWDC, utilisant les paramètres de janvier comme niveau de référence)

Le taux de croissance des prix du taillé devance celui du brut depuis juillet 2013. Dans l’ensemble, les prix du taillé exporté par Anvers ont augmenté d’environ 20 % par rapport à 2012. Une bonne partie de cette croissance a également été soutenue par les efforts des tailleurs et des diamantaires belges, qui ont accumulé 0,7 million de carats de taillé en 2013 et 0,5 million de plus en 2012, selon les statistiques.

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(Indice des prix pour les exportations de brut et les importations de taillé en Inde, basé sur les statistiques fournies par le GJEPC, utilisant les paramètres de janvier 2012 comme niveau de référence).

De même, les prix du taillé en provenance d’Inde augmentent à un rythme plus rapide en raison des quantités de marchandises expédiées par ce pays, et cela vaut la peine de se fier à cette croissance.

Cette croissance ferme des prix du taillé n’a été possible que parce que les miniers ont freiné les prix du brut ces 2 ou 3 derniers mois. La demande pour le brut dans les mois à venir sera stable quel que soit le niveau des prix – il n’y avait pas assez de brut pour satisfaire tout le monde lors des ventes du mois de janvier, alors que le besoin de réapprovisionner les stocks en épuisement après les fêtes de Noël se fait sentir. Aujourd’hui, un scénario positif ressemblerait à ceci : des prix qui augmentent modérément en février pour se stabiliser en mars. Une légère augmentation des prix du brut permettra aux fabricants de maintenir leurs marges, et une stabilisation ultérieure des prix aidera à une future croissance des prix du diamant.

« Cette croissance ferme des prix du taillé n’a été possible que parce que les miniers ont freiné les prix du brut ces 2 ou 3 derniers mois. »

Source Rough and Polished

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