Market Report : Juin 2012

| 24 June 2015

Market Report : Juin 2012
"Market Report : Juin 2012"

Mieux vaut tenir que courir…
Jeudi dernier, trois personnes m’ont simultanément envoyé un e-mail comportant le même lien et un commentaire du style : « Avez-vous déjà vu ça ? C’est inédit ! » Vous l’aurez deviné, il s’agit de l’annonce de la De Beers qui a autorisé ses sightholders à reporter la moitié des marchandises du sight de juillet. La société qualifie cela de pas en avant vers ses clients, la taille actuelle du sight dépassant leurs besoins.

À en juger par de précédents articles, la DTC a rencontré quelques problèmes lors du sight de juin, malgré le fait que la De Beers avait tenté de maintenir une certaine flexibilité sur les prix pour le deuxième mois consécutif. Elle les avait en effet augmentés ou diminués selon les types de pierres, en fonction de la demande. Pourtant, plusieurs sources sur le marché ont indiqué qu’ actuellement, les soumissionnaires ne disposant pas de suffisamment de fonds, les échanges étaient réduits, à la fois lors du sight et sur le marché secondaire, où les boîtes de la DTC avaient été vendues à leur prix d’origine ou avec une remise. L’un des sightholders, souhaitant conserver l’anonymat, a révélé ce « secret de Polichinelle » : « À l’heure actuelle le marché n’a aucun intérêt à acheter du brut, ce n’est tout simplement pas rentable. »

Les experts rapportent une crise des liquidités, soulignant l’absence de crédits et le recul de la demande. Les décisions de la De Beers démontrent que les producteurs de brut doivent dès maintenant s’adapter à la situation financière de leurs clients. Or, ce sont les producteurs qui créent cette situation.

Tout le monde peut répéter à l’envie que les acteurs du marché sont extrêmement préoccupés par l’incertitude régnant sur les marchés financiers, notamment la crainte d’une crise de grande ampleur en Europe. Cependant, cette anxiété perdure depuis plus de six mois même si jusqu’à présent, l’Europe semble s’être maintenue à flot. Cette incertitude génère bien sûr quantité de tensions, mais ce serait une erreur de lui imputer la baisse de la demande.

Le discours sur la crise des liquidités présente également deux facettes. D’une part, les banques se montrent maintenant bien plus strictes sur les conditions d’octroi des prêts. Il faut aussi rappeler que ces mesures constituent notamment une réponse aux événements de 2008 et l’introduction de réglementations bancaires, Bâle 2 et Bâle 3. Avant la crise, il semblait plus facile d’obtenir un crédit garanti par du brut que d’obtenir un prêt à la consommation pour acheter un téléphone portable : de nombreuses banques étaient avides d’accorder des fonds aux diamantaires. La spéculation sur le brut a donc atteint une ampleur sans précédent ; or, il s’est avéré que les entreprises détentrices des crédits ne se consacraient pas uniquement à la taille de diamants. Désormais, les banques sont plus exigeantes envers les emprunteurs, plus disposées à accorder des crédits au secteur de la taille du diamant et à investir dans le développement de cette activité. Mais cette mesure a pour but de les protéger, elles et le marché. Et si les différents acteurs font état de difficultés pour obtenir des crédits, c’est plutôt parce que certains d’entre eux ne respectaient pas les critères de fiabilité, et non un problème du système.

Encore une fois, il faut rappeler que l’accroissement des exigences pour les emprunteurs constitue une réponse aux besoins croissants des banques elles-mêmes. En gardant à l’esprit la crise de 2008, il paraît évident que nous avons vraiment besoin de banques fiables.

Actuellement, plusieurs sources bancaires ont rappelé que leurs limites de crédit pour l’industrie du diamant n’avaient pas diminué par rapport à 2008 et que l’endettement bancaire des diamantaires se trouvait à peu près au même niveau qu’avant la crise. En outre, selon elles, le rapport entre la valeur du taillé et l’endettement des fabricants est désormais encore meilleur qu’avant la crise. Des sources indiquent que la majorité des négociants d’Anvers cette année n’exploitent pas leurs lignes de crédit à leur pleine mesure. Les problèmes concernent principalement les entreprises indiennes, déjà durement frappées par la chute de la roupie face au dollar américain, et ont mené à l’application d’une taxe sur les importations.

Si le volume des prêts n’a pas changé, il faut chercher ailleurs les raisons de la crise des liquidités.

Le brut est cher, mais il est impossible de lui attribuer une valeur commerciale tant qu’il n’a pas été transformé en taillé. Au terme de la crise, une nouvelle tendance émerge sur le marché des diamants pour les consommateurs et le marché des bijoux, un fait extrêmement préoccupant pour l’industrie : les acheteurs ne boudent pas les articles de luxe, mais ils portent leur choix sur ceux qui correspondent à leurs revenus. Le client entre dans la boutique avec une somme précise et il n’est pas disposé à dépenser plus. Ainsi, en ce qui concerne la hausse des prix des bijoux, les clients continuent d’acheter, mais en optant pour des produits de qualité inférieure ; ainsi, au lieu des top colors, ils se décident pour des pierres de troisième ou quatrième catégorie de couleur, voire de plus petites pierres ou des piqués. La différence d’une fraction de carat ou un écart dans les couleurs pourraient passer inaperçus aux yeux de la plupart des consommateurs, et donc être insignifiants. Mais la différence de marge est capitale pour les commerçants.

Par conséquent, de nombreux cabinets d’analyse prévoient une stabilité de la demande pour les marchandises de luxe, voire une augmentation des prix du taillé. Or, la croissance des ventes concerne principalement les ventes des marchandises à moindre coût.

Les fabricants ont déjà fait état de cette tendance. Des sources indiquent, par exemple, que les horlogers suisses conçoivent de nouvelles collections comportant moins de diamants. Cela devrait permettre de maintenir des coûts raisonnables et, par la suite, de favoriser une nouvelle augmentation de la demande. Il en va de même pour les bijoutiers.

Du point de vue des fabricants, la situation est tout autre. Les producteurs de brut augmentent leurs tarifs, incités par les simples lois du marché : plus le prix est élevé, plus le bénéfice est important. Les plus grands sont aujourd’hui des sociétés axées sur le marché, dotées d’actionnaires, dont l’objectif ultime est naturellement de leur redistribuer une part des bénéfices.

Les prévisions pour le secteur du luxe montrent clairement une croissance rapide à long terme. L’Inde et la Chine viennent d’entrer dans l’« ère de la consommation » ; au vu de la population de ces pays, la classe moyenne y est comparable au nombre de consommateurs dans les marchés de bijoux traditionnels. Il n’ y a donc aucune raison que le prix des diamants diminue.

Les données relatives à la production mondiale ne montrent à l’évidence l’existence d’aucune nouvelle mine ; les espoirs de nouvelles découvertes sont illusoires et les anciennes mines de diamants seront bientôt épuisées. Le marché est confronté à une pénurie de brut. Dès lors, à long terme, les prix vont augmenter et il n’y a aucune raison que les diamants coûtent moins cher.

Toutefois, les tailleurs vivent au jour le jour. En règle générale, leur solidité financière n’est pas suffisante pour s’appuyer exclusivement sur le long terme. Constatant la hausse quotidienne des prix, ils achètent de moins en moins de brut avec les liquidités initialement disponibles, un fait qui « ronge » leurs marges lors de l’achat de brut. D’autre part, les acheteurs finaux se tournent vers des produits moins chers, d’où l’amincissement des marges des tailleurs au niveau du commerce de détail. Ils ont la possibilité d’emprunter plus d’argent auprès des banques mais quel bénéfice en tireront-ils, outre pouvoir acheter plus de brut ? Les sources bancaires déjà mentionnées annoncent que la marge des fabricants est descendue sous les 6 % : l’industrie fonctionne à perte, car personne ne peut passer outre les coûts de production. Ceux-ci, hélas, augmentent partout dans le monde.

Il n’existe pas en effet de raisons fondamentales à la baisse des prix du diamant. Cela ne signifie pas pour autant qu’il existe des raisons à leur hausse actuelle. En ce moment, certaines décisions de tarification sont motivées non seulement par les avantages économiques, mais aussi par le développement stratégique. L’industrie du diamant vit dans l’idée que les prix du taillé ne vont pas diminuer dans le temps et que les prix du brut devraient augmenter. Or, face à la crise actuelle des liquidités, il est parfois plus logique de se baser non pas sur le prix du brut, mais sur la somme d’argent qui pourrait être disponible aux acteurs de la filière.

Les producteurs de brut auraient intérêt à ce que les prix continuent d’augmenter, pour un niveau de stock identique. Dans ce cas, leur croissance serait liée à la hausse de la demande, mais aussi à une limitation de l’offre, ce qui est malheureusement presque impossible actuellement.

Certains négociants, contraints par le financement, aimeraient obtenir des prix nettement inférieurs. Mais, au final, la baisse des prix entraînera une dévaluation des garanties et des stocks de brut, ce qui pourrait avoir un effet négatif sur les producteurs de brut, les négociants et les banques, ainsi que sur le secteur de la taille.

Si le niveau actuel de la demande se maintient, le consensus consistera à ajuster les prix, entraînant une hausse des ventes de brut en termes de carats. Les miniers afficheront alors un chiffre d’affaires comparable, grâce à une hausse du volume des ventes et à une plus grande liberté d’action pour les acheteurs.

Bien entendu, le ralentissement actuel inquiète les miniers mais cet ajustement de prix permet au marché de reprendre des forces. La Banque centrale indienne a déjà annoncé une série de mesures visant à rétablir le niveau de la roupie. Le secteur du diamant devrait alors profiter d’une reprise partielle.

Source Rough & Polished

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