Market Report: Juillet 2012

| 24 June 2015

Market Report: Juillet 2012
"Market Report: Juillet 2012"

Les signes de la récession apparaissent de plus en plus clairement sur le marché. Philippe Mellier, le PDG de la De Beers, a officiellement annoncé un ralentissement de la production de sa société en 2012 pour s’adapter à la baisse de la demande. Depuis l’automne 2011, la De Beers limite son offre ; lors du dernier sight, elle a autorisé les sightholders à reporter l’achat de la moitié de leur attribution de brut à une date ultérieure et réduit ses prix de 3 % en moyenne. Il semble toutefois que la société ne puisse plus se permettre de cumuler du stock.

Selon différents experts, les prix du brut ont baissé de 8 à 15 % au second semestre mais demeurent trop élevés pour les diamantaires confrontés à une crise des liquidités. Les cercles d’experts sont de plus en plus d’avis que les miniers devraient continuer à baisser leurs prix. Mais cette mesure sera-t-elle efficace ?

La notion de « tailleurs à court de liquidités » se réfère ici aux sociétés indiennes. L’Inde est un important centre de taille, établi de longue date ; aujourd’hui l’état du marché indien influe sur l’industrie dans son ensemble. D’après le Kimberley Process (KP), le pays a importé 132 millions de carats de brut et exporté 37 millions de carats en 2011. Ainsi, ce sont environ 95 millions de carats qui sont restés en Inde pour y être taillés, c’est-à-dire plus de 70 % de la production mondiale.

Dans ce contexte, les chiffres les plus importants pour le marché ne sont plus les rapports trimestriels de la De Beers et d’ALROSA, mais bien les statistiques de l’Indian Gem & Jewellery Export Promotion Council (GJEPC). Ces paramètres permettent dès lors de tirer de nombreuses conclusions sur l’état de l’industrie et sur ses perspectives.

La dépréciation des devises dans les pays BRICS a été entamée au mois de mars 2012. L’Inde a alors ressenti des pressions sur sa monnaie, plus fortes que celles pesant sur le rouble russe ou le yuan chinois ; le 23 juin, le taux de change INR/USD atteignait un plus bas, à 57,24 roupies pour un dollar, en baisse de 12 % par rapport au mois de mars.

Le travail des fabricants dépend fortement du taux de change de la roupie. En effet, les achats de brut et de taillé s’effectuent en dollars. Au printemps de cette année, la Reserve Bank of India a ordonné aux acteurs du commerce extérieur de convertir en monnaie locale la moitié de leurs fonds détenus sur des comptes, le but étant de soutenir la demande intérieure. Désormais, le diamantaire vend un pli de taillé, en convertit les produits en roupies et doit ensuite acheter un nouveau lot de brut pour poursuivre son travail. Avec la conversion inverse, il perd automatiquement une partie de l’argent nouvellement acquis. Si les prix du brut augmentent parallèlement à cette procédure, ce fabricant devra réduire ses prochains achats de brut par rapport à ses capacités d’il y a quelques mois.

Ces deux ou trois dernières années, il fallait quatre mois en moyenne à partir de la date de sa fabrication pour vendre un diamant taillé. Si, aujourd’hui, les fabricants achètent moins de brut, dans quatre mois, le marché recevra moins de taillé. Dès lors, l’affaiblissement de la monnaie locale complique aussi bien les opérations d’importation que d’exportation.

Ajoutons à cela les remboursements des intérêts sur les prêts, également facturés en dollars. Pour les régler, le diamantaire doit une fois de plus convertir ses roupies en dollars et supporter des frais supplémentaires. Selon une évaluation réalisée par des experts de certaines banques diamantaires anversoises et des analystes de l’industrie, l’endettement en crédit des diamantaires indiens en janvier 2012 était d’au moins 8 milliards de dollars. Proches des plafonds, ils perdent toute possibilité de refinancement.

Le graphique ci-dessous compare le comportement de la roupie aux exportations de taillé de l’Inde depuis 2008. Dans les périodes exemptes de phénomènes de crise, l’évolution suit une tendance à peu près uniforme, sans grands écarts. En 2012, la situation ressemble à la période de crise de 2009, où une forte hausse du taux de change entre dollar américain et roupie indienne (conjuguée à un taux d’endettement également très lourd) a conduit à une baisse des exportations de taillé. Au cours de cette période de crise, comme on le voit dans le graphique, la situation s’est améliorée parallèlement au renforcement de la roupie.

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Autre détail intéressant à noter, le comportement des courbes au second semestre 2011. La forte augmentation des exportations de taillé ne peut en aucune façon être liée au taux de change. En réalité, cette hausse est dépourvue de causes fondamentales et peut s’expliquer par un afflux d’importantes sommes d’argent dans l’industrie.

Les statistiques fournies par le GJEPC peuvent aussi expliquer les modalités du cumul et d’utilisation des stocks de diamants. Dans ce tableau, les stocks sont calculés sous forme de différence entre les importations de brut (avec un ratio de rendement de 30 % pour le taillé) et les exportations nettes de taillé.  

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La dernière baisse des exportations de taillé inscrite sur ce graphique intervient de mars à mai ; au cours de cette période, le marché s’est vu proposer du taillé fabriqué à l’aide de brut acheté à la fin de 2011. On s’en souvient, les achats de brut à cette période étaient assez restreints.

Les problèmes de la roupie, qui ont débuté en mars, ont obligé les fabricants à stocker du brut. Ainsi, ces stocks devraient s’écouler sur le marché dans un avenir proche et provoquer une augmentation des exportations de l’Inde. Il est fort probable que le cycle de travail des fabricants se contracte légèrement. Leur principal objectif consiste maintenant à rembourser leurs prêts, mais cela ne sera possible qu’en maintenant des opérations régulières. Ils devraient donc chercher à acheter de petits lots de diamants pour les tailler rapidement, les vendre et racheter de petites quantités de brut.

Une augmentation des exportations de taillé à l’automne prochain permettrait aux fabricants de gagner de l’argent sur leurs ventes. C’est là qu’intervient la tentation d’évoquer la nécessité de réduire les prix du brut. À première vue, la logique est très simple : les tailleurs auraient la possibilité d’accroître leurs marges et de surmonter la crise. Mais une telle démarche se heurte à un autre danger : l’augmentation des coûts d’extraction. Dans une précédente étude, j’ai indiqué à quel point les recettes des miniers de diamants sont « englouties » dans les coûts (comme pour la De Beers, dont les coûts en 2011 ont atteint 5 milliards de dollars pour des recettes d’environ 7 milliards de dollars). Si les prix du brut baissent, les miniers seront inévitablement confrontés à la question de la viabilité commerciale de leurs activités. Et si les sociétés d’extraction annoncent leur intention de réduire encore la production et de ralentir les programmes de développement, la production devrait à nouveau baisser parallèlement à un recul du seuil de rentabilité. Le marché profitera donc d’une hausse identique des prix du brut, liée à la baisse de l’offre mondiale.

Si l’on se penche sur l’évolution des prix du brut et du taillé (toujours tirée des données du GJEPC), on voit que dans l’ensemble les indices de prix depuis 2008 sont à peu près conformes les uns aux autres. Prenons comme point de départ le mois de janvier 2010, en considérant cette date comme une période sans « perturbations », épargnée par les phénomènes de crise.

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Comme ci-dessus, la différence entre les courbes n’intervient qu’au cours de la période de crise de 2008-2009 et au second semestre 2011. En 2011, comme on peut le constater sur le graphique, les prix du taillé ont maintenu une tendance généralement à la hausse ; or, avec ce processus, les prix du brut ont augmenté à un rythme beaucoup plus rapide que ceux du taillé. Toutefois, depuis le début de l’année 2012, l’indice des prix du brut s’est également retrouvé conforme à la tendance générale. À l’heure actuelle, leurs comportements respectifs se sont à nouveau alignés l’un sur l’autre, comme cela était le cas ordinairement.

Ces graphiques montrent que la crise actuelle du marché du diamant n’est pas liée à des différences de prix entre brut et taillé, mais à des problèmes financiers locaux en Inde. Ainsi, une baisse des prix du brut pourrait soulager les symptômes mais non guérir la maladie. Le secteur du diamant n’a pas une place suffisante dans le PIB de l’Inde pour pouvoir corriger la situation macroéconomique du pays tout entier.

Reste aux acteurs du marché dans cette situation à attendre l’automne ; ils sauront alors si les mesures proposées par la Reserve Bank of India donnent des résultats. Actuellement, le dollar américain avoisine les 55,5 roupies mais le temps écoulé n’a pas été suffisant pour savoir si la situation va se consolider.

Source Rough & Polished

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