Market Report: Août 2012

| 24 June 2015

Market Report: Août 2012
"Market Report: Août 2012"

Un nouveau pas vers les compromis
Dans l’attente du regain traditionnel de septembre, les grand miniers du monde, agissant de concert, ont baissé les prix de leurs marchandises et permis à leurs clients de reporter jusqu’à la moitié de leurs attributions de brut à l’année prochaine. Ces mesures ont déjà porté leurs fruits : les acteurs du marché remarquent une certaine reprise, notamment dans le segment du brut de catégorie inférieure. Les mesures prises par les producteurs feront naître de l’optimisme parmi les négociants et les fabricants à court terme, mais il n’existe aucune certitude que l’effet va durer.

Prix du brut

- Lors du sight du mois d’août, la De Beers a réduit les prix du brut de 8 % en moyenne. Pour certaines catégories, les tarifs ont baissé de façon plus significative ; ainsi, les prix des gros diamants ont perdu 17 %.

- En août, ALROSA a réduit ses prix de 5 % en moyenne ; suite à cela, la De Beers a autorisé ses clients à reporter jusqu’à 50 % de leurs achats dans la gamme des marchandises sous contrats à long terme jusqu’au printemps de l’année prochaine.

- Equity Communications prévoit qu’en 2012, la valeur des diamants extraits dans le monde augmente de 6,8 % par rapport à 2011, à 16,7 milliards de dollars. Selon les experts, le volume de la production équivaudra à celui de l’an dernier, soit environ 126 millions de carats.

Prix du taillé

- Selon Rapaport, les prix du taillé sont restés stables en août, après une forte baisse observée les mois précédents. L’indice des prix RAPI a reculé de 0,8 % pour les diamants d’un carat, il a augmenté de 0,4 % pour les 0,3 carat, a diminué de 0,7 % pour les pierres de 0,5 carat et il est resté quasiment stable pour les 3 carats.

- Selon PolishedPrices, les prix ont continué de s’affaiblir en août, de nombreuses entreprises ayant fermé leurs bureaux pour les vacances. L’indice global des prix du taillé a perdu 2,9 % par rapport à la fin juillet.

Ce mois-ci, tous les regards seront particulièrement tournés vers le marché. Après la période de vacances traditionnelles du mois d’août, les ventes de septembre donneront une idée de l’état de l’industrie et de ses perspectives. Comprenant évidemment cela, ALROSA et la De Beers ont décidé de réduire les prix du brut pour leurs clients : la demande est stimulée et la tendance est à l’optimisme.

Lors de son sight du mois d’août, la De Beers a réduit ses prix de 8 % en moyenne ; dans certaines catégories, la baisse a atteint 17 %. Les porte-parole de l’entreprise expliquent que cet ajustement des prix traduit la corrélation entre la demande de brut et la demande de taillé. La De Beers affirme d’ailleurs que cette initiative a été bien accueillie par les sightholders ; le sight montre qu’ils sont optimistes pour la fin de l’année.
Dans le sillage de la De Beers, ALROSA a permis à ses clients de reporter jusqu’à 50 % de leurs achats de marchandises sous contrats à long terme jusqu’au printemps de l’année prochaine (la DTC a annoncé cette mesure en juillet) et baissé ses prix de 5 % en moyenne.

On peut supposer que la baisse des prix du brut a largement favorisé la demande en provenance des négociants et des fabricants. Selon certaines sources, de nombreux clients des sociétés minières se sont plaints ces derniers mois de l’absence de fonds et des prix élevés. Ils ont ainsi laissé la plupart des marchandises sur la table.

Marchandises reportées et attentes différées

À strictement parler, l’autorisation de laisser la moitié des marchandises en suspens n’est pas exactement le genre de gestion de l’offre à laquelle nous sommes habitués de la part des géants du diamant. Lorsque ALROSA a voulu créer un déficit sur le marché pour maintenir ses prix, la société a agi sur le stock. En 2009, la De Beers a opté pour la fermeture de la moitié de ses capacités de production mais n’a pas permis à ses clients de refuser du brut. La mesure actuelle est à mi-chemin entre un « coup de main » et un geste de désespoir : d’une part, les clients peuvent maintenant n’accepter que les marchandises dont ils ont besoin, d’autre part, les miniers préfèrent pouvoir vendre au moins un minimum et recueillir quelques revenus, plutôt que de se retrouver sans avoir vendu aucun article.

Le seul point d’interrogation concerne l’avenir. En réalité, les deux sociétés ne divulguent pas les chiffres exacts de leurs ventes et n’annoncent pas si tous leurs clients exercent leur option de report des marchandises. Imaginez si tous les clients mettaient de côté 50 % de leurs marchandises pour les acheter à une date ultérieure (c’est probablement ce à quoi ressemble la situation actuelle).
Si vous additionnez tous les sights de la DTC cette année, à la fin du mois d’août, la société avait vendu la quantité de brut suivante :

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Ce tableau montre que, même en excluant les refus d’une partie du brut, les ventes réalisées par la DTC entre janvier et août sont inférieures de 820 millions de dollars à celles de l’an dernier. Cependant, si nous supposons qu’en juillet et août, les clients ont refusé la moitié des marchandises proposées, le total sur huit mois sera encore plus bas, avec une différence de 3 330 millions de dollars. Sur ces deux mois seulement, la moitié des marchandises refusées génère un surplus de stock de brut de 500 millions de dollars. Quelle taille pourrait alors atteindre l’excédent qui se cumulerait d’ici le printemps prochain si les clients continuent de n’accepter que la moitié des boîtes proposées lors des sights ? Au rythme actuel, il pourrait atteindre 2 milliards de dollars.

Bien entendu, la De Beers a annoncé un ajustement de sa production de brut aux conditions du marché. Mais la portée de cet ajustement est jusqu’à présent loin d’être comparable à la quantité de brut « abandonnée » dans la vente.
La principale question reste la suivante : existe-t-il une garantie que les sightholders de la De Beers achèteront cette grosse quantité de brut au printemps 2013, tout en continuant à s’acquitter de leurs obligations au titre des sights à venir ? Et ce, même si la demande de brut aura repris d’ici là…

Ces derniers mois, ALROSA n’a pas particulièrement souhaité communiquer les résultats de ses ventes ; on peut toutefois supposer que la situation de la société russe n’est pas très éloignée de celle de la DTC. Les experts estiment peu probable que les ventes d’ALROSA en 2012 dépassent les 4,5 milliards de dollars, même si le minier a déjà annoncé qu’il prévoyait d’engranger 5 milliards de dollars. Si, à compter du mois d’août, ses clients refusent également la moitié de leur attribution de brut, la société russe se retrouvera avec, sur les bras, une grosse quantité de marchandises mises en attente, sans garantie claire qu’elles soient achetées en totalité au printemps 2013.

Les lois du marché montrent qu’un supplément d’offre sur fond de demande plate entraîne une baisse des prix. On peut donc déjà prévoir une baisse des prix du brut pour le printemps prochain. Je me demande seulement si le marché disposera de suffisamment de temps jusque-là pour se reprendre et pour que les prix montent assez pour compenser le déclin qui suivra.

L’Inde à nouveau

Le marché est désormais dans un état tel que la simple volonté des miniers ne suffit pas à le voir repartir. En effet, la crise des liquidités des tailleurs indiens, qui consomment aujourd’hui environ 100 millions de carats sur la production mondiale, aurait probablement eu lieu, indépendamment des prix élevés du brut. Au printemps dernier, la Reserve Bank of India a publié un exposé expliquant à la communauté internationale les raisons de la forte dépréciation de la roupie. Ces dernières années, l’Inde a évolué dans un environnement lesté d’un déficit commercial énorme. Ainsi, l’année dernière, ses importations ont dépassé ses exportations de 185 milliards de dollars. Depuis que les opérations de commerce extérieur sont libellées en dollars américains, la devise locale s’est dépréciée. Bien que la valeur de la production mondiale reste stable, à environ 15 à 16 milliards de dollars, on constate aisément que la part du brut importé en Inde par rapport au volume total du commerce extérieur n’est pas énorme et ne devrait donc pas affecter l’état des marchés financiers indiens.

L’Inde importe principalement du pétrole et des produits pétroliers. Pour éviter de reporter sur l’utilisateur final les fluctuations des cours du pétrole et donc réduire le coût des produits pétroliers pour le consommateur final, le gouvernement indien subventionne ces importations depuis quelques années. Dans la pratique, le montant de ces subventions est presque imprévisible en raison des trop fortes fluctuations des prix du pétrole sur le marché mondial. En 2010, leur montant total a dépassé le facteur vingt initialement prévu ; en 2011, elles étaient trois fois plus élevées. Toutes ces subventions sont affectées au déficit budgétaire et affaiblissent encore plus la monnaie nationale.

Dès lors, les intervenants du marché en Inde deviennent otages de la situation. Acteurs du commerce extérieur, ils perdent beaucoup d’argent en raison de la dévaluation de la roupie, des opérations de conversion permanentes et des taux d’intérêt croissants pour les prêts en dollars américains. Le chiffre d’affaires relativement faible de leurs entreprises les rend extrêmement vulnérables et ne leur permet pas d’attendre des jours meilleurs.

Actuellement, de fortes inquiétudes naissent du fait que la roupie, même si elle est restée stable ces deux derniers mois (à 55,5 roupies pour un dollar américain), ne montre aucune tendance à l’amélioration. Face à une monnaie faible, les fabricants indiens continuent d’opérer avec des liquidités réduites, un important facteur limitant pour la reprise du marché. Du fait même de cette faiblesse, les fabricants vont se contenter de petites quantités de brut et se concentrer principalement sur leurs échéances de remboursement.

Avec une roupie faible, la marge traditionnellement basse des fabricants était proche de zéro ces derniers mois.

Quelques mots sur la rentabilité

L’étude des données de Tacy sur l’état de la filière mondiale offre une bonne compréhension de la « rentabilité » de l’industrie. Il n’est pas nécessaire de citer ici des chiffres absolus, ils sont faciles à trouver dans des rapports de ce type. Je souhaite simplement proposer un schéma basé sur les données de Tacy, qui montre les marges gagnées par les différents secteurs de la filière.

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Le schéma conduit à des conclusions intéressantes.
Premier point, en temps de crise, les acteurs du marché déclarent que les miniers bénéficient d’une rentabilité très élevée, qui pourrait leur permettre de réduire considérablement les prix. Cependant, d’après le schéma ci-dessus, pendant la crise de 2009, la rentabilité des miniers était bien plus faible que celle des autres intervenants. Pour produire de grandes quantités de brut, ils ont à supporter des coûts de production énormes, limitant considérablement leurs profits ; ce seront donc les premiers à être touchés par une baisse des prix du brut.

Deuxièmement, il est remarquable que les graphiques de rentabilité des négociants et des fabricants soient parallèles. Cela signifie que les négociants, au contraire des producteurs, bénéficient de marges constantes sur les marchandises, quel que soit le marché, et ce malgré leur rôle important dans la fixation des prix au moment de la taille des diamants. Contrairement à tous les autres participants de la filière, ils ne supportent pratiquement aucun coût d’exploitation : ils n’ont pas à organiser la production.

La troisième conclusion est issue de la deuxième. Par le passé, les négociants ont toujours obtenu une marge bénéficiaire de 5 % à 10 %. La seule augmentation significative de ce paramètre a été enregistrée au moment de la crise, lors de l’expansion effrénée de la spéculation. En 2010-2011, leur rentabilité n’a pas décru, elle a simplement repris son niveau habituel. Dès lors, les déclarations des acteurs du marché selon lesquelles les actions des miniers de ces dernières années ont entraîné une forte baisse des marges pour tous les autres ont un fort goût de manipulation.
La véritable rentabilité des fabricants sera inférieure à celle indiquée dans ce schéma, les données proposées par Tacy ne permettant pas de calculer les coûts d’exploitation de la fabrication. Je suppose que si l’on dessinait une courbe imaginaire à peu près entre les deux, nous serions proches de la vérité.

La meilleure rentabilité revient depuis toujours au secteur des bijoux et du commerce de détail. À en juger par ce schéma, sa situation financière ne dépend pas des autres parties de la filière du diamant. On peut donc supposer qu’elle varie en suivant les conditions du système financier mondial.
Il n’est donc pas surprenant de lire dans les rapports du mois d’août que de nombreux fabricants en Inde ont décidé de diversifier leurs activités, en se tournant vers la création de bijoux et vers leur commerce. Il est probable qu’avec un marché en berne et une roupie faible, intégrer le marché de détail reste pour beaucoup le seul moyen efficace de se maintenir.

Source Rough & Polished


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