Étude du marché Décembre 2012 : une nouvelle année de volatilité

| 21 February 2013

Étude du marché Décembre 2012 : une nouvelle année de volatilité
"Étude du marché Décembre 2012 : une nouvelle année de volatilité"

On pourrait répéter ad libitum que les diamants ne sont pas des matières premières, et donc que ce marché ne ressemble pas aux autres. Or, la mondialisation de l’économie remet cette thèse en cause.

Ces dernières années, les prix des matières premières n’ont cessé de fluctuer, au fil des « bulles » financières et des crises de la demande. Le marché est instable, ce qui est d’ailleurs l’une des propriétés inhérentes des « marchés » au sens conventionnel du terme.

En 2012, une nouvelle étape a été franchie vers ce « sens conventionnel du terme ». Face à la crise des liquidités supportée par les fabricants, les miniers ont dû réduire leurs prix pour épargner les acheteurs. Ainsi, malgré la hausse brutale au premier semestre, l’industrie a débuté 2013 au même niveau de prix du brut que celui enregistré en janvier 2012, une bonne raison de réfléchir à l’impact qu’auront, à l’avenir, les prix pratiqués dans l’industrie.

Les prix du brut

Selon les statistiques publiées par le AWDC, la Belgique a importé en décembre dernier 6,65 millions de carats de brut, d’une valeur de 929,8 millions de dollars. Les chiffres étaient en léger recul par rapport au mois précédent, tant en termes de volume que de valeur, mais la baisse des échanges en décembre est un phénomène tout à fait ordinaire, qui se répète chaque année.

Un carat de brut importé en Belgique en décembre valait en moyenne 139,7 dollars, un chiffre pratiquement inchangé par rapport à novembre. Pour ce marché qui s’est montré volatil ces dernières années, ce genre de « stabilité », même pendant deux mois, passe pour un développement remarquable.

La baisse des prix engagée par les producteurs de brut, qui a eu lieu à l’automne, compense toutes les tentatives d’augmentation engagées au premier semestre. Les miniers ont terminé l’année sur des prix inchangés (selon les statistiques susmentionnées du AWDC, soit à 136,6 dollars/ct en janvier).

Ci-dessous le tableau de l’évolution mensuelle des prix des importations de brut en Belgique :

Notons également qu’en décembre, le prix moyen du brut exporté de Belgique a chuté à 115,6 dollars/ct, sur fond d’augmentation considérable du volume des transactions : 12 millions de carats pour 1,39 milliard de dollars. Dans l’ensemble, les prix du brut exporté de Belgique fin 2012 ont à peu près maintenu le niveau de janvier, à 121,4 dollars/ct.

Les mesures de l’exportation de décembre doivent être prises séparément. Les prix du brut exporté de Belgique ont été inférieurs à ceux du brut importé, ce qui ne constitue pas nécessairement la preuve que les boîtes des producteurs ont une nouvelle fois connu des rabais importants sur le marché secondaire. En termes de valeur, les exportations ont augmenté de 30 % en décembre (par rapport à novembre) et de plus de 60 % en volume. Le volume des exportations a peut-être progressé plus vite que les prix en raison d’un ajustement des assortiments. Selon toute vraisemblance, le marché a favorisé en décembre les « marchandises indiennes » de faible grosseur.

Bien sûr, de grandes quantités de « marchandises indiennes » étaient issues de stocks détenus par les diamantaires belges. Dans tous les cas, les exportations de brut de Belgique ont dépassé les importations en décembre de 6 millions de carats. Au total, en 2012, les stocks belges ont « libéré » 16 millions de carats de brut supplémentaire (à l’importation).

Dans l’ensemble, les stocks belges vont continuer d’alimenter le marché pendant au moins cinq ans. En 2011, les exportations belges ont dépassé les importations de 8,2 millions de carats, contre 17 millions de carats en 2010, 10,5 millions de carats en 2009 et plus de 6 millions de carats en 2008. On ne peut que deviner l’ampleur des stocks cumulés par les diamantaires belges, sachant qu’ils ont été réduits de près de 60 millions de carats en l’espace de 5 ans seulement. Ces stocks de brut se cumulent depuis avant la crise, mais il est plus probable que les assortiments ont été modifiés à plusieurs reprises en fonction de la conjoncture du marché.

Dans l’ensemble, la Belgique a importé 88,3 millions de carats de brut en 2012, soit près de 10 millions de carats de moins qu’en 2011. Les principales raisons de cette baisse résident dans la crise des liquidités qui a frappé les fabricants, ainsi que dans la réduction de l’offre de brut des producteurs, qui ont tenté de maintenir les prix de cette façon.

Un nouveau monopole

Jusqu’aux années 2000, il n’existait qu’un seul vendeur de brut sur le marché, la De Beers. Aujourd’hui, un nouveau monopole s’est créé, celui des acheteurs. La quasi-totalité du brut est envoyé en Inde pour y être taillé, même si les acheteurs sont nombreux. Ce genre de monopole, on l’a vu, peut avoir un impact significatif sur le marché dans des périodes de faiblesse de l’économie indienne.

La plupart des difficultés du marché, auxquelles nous avons été confrontés en 2012, sont dues à la forte dépréciation de la roupie indienne. Chaque année, l’Inde importe d’énormes quantités de ressources, en particulier du pétrole et des produits pétroliers, et affiche un énorme solde négatif de son commerce extérieur, entraînant avec lui la chute de la monnaie nationale. Le commerce du brut et du taillé joue un très faible rôle dans le commerce extérieur indien, toutefois l’impact de la roupie sur l’industrie est significatif.

Fluctuations de la roupie en 2012 :

La forte dépréciation de leur monnaie a considérablement réduit la capacité des fabricants indiens à acheter du brut : avec la même quantité de roupies, la somme de marchandises a considérablement diminué. En outre, les pertes ont été lourdes après les conversions répétées des roupies en dollars et vice versa (une obligation légale), d’autant plus que les prix du taillé n’augmentent pas aussi rapidement que ceux du brut. Conséquence, les fabricants ont vu leurs marges s’évanouir et ont parfois été jusqu’au déficit. Les représentants de l’industrie de la taille ont une fois de plus rappelé que les prix du brut étaient trop élevés et qu’ils étaient souvent supérieurs à ceux du taillé qui en est issu.

Le régulateur indien a annoncé une série de mesures visant à renforcer la monnaie nationale. Or, on le voit sur le graphique, elles n’ont pas produit de résultats visibles. La devise s’est maintenue à environ 54 roupies pour un dollar américain pendant plusieurs mois, et elle restera probablement à ce niveau à l’avenir. À en juger par l’état actuel du marché, les fabricants s’y sont adaptés, la baisse des prix des producteurs y a largement contribué.

Le problème de la confiance

Il faut bien noter une différence entre « s’adapter » et « profiter d’une activité rentable ». La fin de l’année a été marquée par un grand nombre d’appels du secteur de la taille ou d’experts, pressant les miniers d’accorder plus d’attention aux besoins des fabricants et de veiller à ce que la relation entre les prix du brut et du taillé soit acceptable.

Notre marché est soumis aux lois de l’offre et de la demande. Les consommateurs et les producteurs sont donc pris dans « l’engrenage des circonstances ». Si un fabricant ne profite pas d’une certaine marge, son travail n’a aucun sens. D’autre part, les miniers appliquent des prix élevés pour tenter d’accroître leurs bénéfices, dont la majeure partie est actuellement consacrée au maintien de la production. L’époque de l’exploitation facile à ciel ouvert est terminée et les mines sont en cours d’épuisement, un problème qui concerne à la fois ALROSA et la De Beers. Or, les bénéfices permettent de développer des mines souterraines. Moins ils sont importants, moins il y a d’exploitation minière souterraine, et partant, de production de diamants. Et puisque la demande est déjà supérieure à l’offre, le scénario n’est pas idéal.

Un autre facteur est, pour une raison ou pour une autre, passé quelque peu inaperçu.

Les tarifs sur ce marché sont fixés lors d’une procédure qui a toujours été fermée et opaque. À bien des égards, ils s’appuient non pas sur la faisabilité économique, mais sur… la confiance.

Aujourd’hui, les miniers n’ont pas toujours de suivi pour les pierres qu’ils expédient aux acheteurs. Lorsque la De Beers avait son monopole commercial, les choses étaient bien plus simples. Selon les récits des experts, des accords étaient passés avec les acheteurs pour surveiller la situation et l’informer du type de taillé qui était fabriqué à partir du brut fourni et des modalités de vente de ce taillé.

Après l’effondrement du monopole, cette surveillance s’est souvent révélée beaucoup plus difficile à appliquer. Bien sûr, les deux grands miniers possèdent leurs propres « ramifications » en matière de taille et de vente, ils se font donc une idée approximative de la situation. La De Beers dispose d’un avantage supplémentaire, Diamdel, qui évolue sur le marché « secondaire ». La société possède bien des services d’analyse et des bureaux de commercialisation dans différentes parties du monde, mais…

Quoi qu’il en soit, lors d’une négociation, le producteur ne peut compter que sur la parole de son homologue. Les prix dépendent de la façon dont il évoquera la demande de brut et du type d’information qu’il fournira. Aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne : on peut faire dire ce que l’on veut à une information. Les sources qui vendent des diamants aux fabricants expliquent qu’ils s’interrogent souvent à propos de ces informations. « Je devine toujours le genre d’activité dont il s’agit, a ironisé l’une des sources. D’après les documents des diamantaires, leur activité a subi des pertes pendant une longue période et mes prix sont trop élevés pour eux. Pourtant, ils continuent d’acheter et demandent des lots plus importants. »

Les prix ont toujours fait l’objet d’une entente entre l’acheteur et le vendeur. Mais pour maintenir les prix du brut et du taillé dans une justesse réciproque (comme le veut le marché), il faudrait développer un outil qui détermine un certain degré de précision, afin de l’exposer clairement au moins au vendeur et à ses clients, si ce n’est au grand public.

De tels outils seraient tout aussi utiles que les efforts de marketing conjoint visant à promouvoir les diamants génériques, un point sur lequel la communauté des experts insiste maintenant lourdement. Cela permettrait au moins de lever une partie des plaintes des miniers et des fabricants. Et il n’y aurait pas de transformation radicale des diamants en matières premières, car personne ne ferait disparaître les concepts de « premium/décote par rapport aux prix du marché ».

Source Rough&Polished

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