Le GIA modifie (un peu) ses rapports sur les synthétiques

| 11 April 2019

Le GIA modifie (un peu) ses rapports sur les synthétiques
"Le GIA modifie (un peu) ses rapports sur les synthétiques"

Au titre d’une décision attendue depuis longtemps, le Gemological Institute of America (GIA) a choisi de modifier ses rapports sur les synthétiques en abandonnant le mot « synthétique ». Le laboratoire continuera malgré tout à utiliser une échelle de certification différente de celle des diamants naturels.

Anciennement appelés « Rapports sur les diamants synthétiques », ces documents ont été rebaptisés « Rapports sur les diamants créés en laboratoire », afin de s’aligner sur la décision de la Federal Trade Commission (FTC) qui a retiré le mot « synthétique » de sa liste d’adjectifs recommandés.

Pourtant, le GIA continuera de certifier la couleur et la pureté des diamants artificiels avec des plages de données descriptives, et non à l’aide de l’échelle détaillée qu’il a l’habitude d’utiliser pour les diamants naturels. (En termes de couleur, il existe cinq plages : colorless, near colorless, faint, very light et light). Toutefois, les plages seront accompagnées d’informations sur les grades qu’elles englobent. Ainsi, au lieu de certifier des diamants « near colorless », le GIA indiquera la plage de grades de G à J.

« Les lettres correspondantes seront indiquées près des mots, explique Stephen Morisseau, porte-parole du GIA. Nous dirons « colorless ». Mais nous dirons également que colorless est l’équivalent de la plage D, E, F. »

Selon Tom Moses, vice-président exécutif et directeur du laboratoire et de la recherche du GIA, la première échelle du GIA a été développée dans les années 50 pour mesurer la rareté. Or, les diamants synthétiques sont plus difficiles à mesurer à ce niveau.

« Au départ, l’idée directrice était celle de la rareté. Le grade D était le plus rare et plus il y avait de couleur jaune, moins la pierre était rare. Pour les synthétiques, on ne peut pas établir de corrélation. Dans ce système, si vous voulez fabriquer un D, vous réglez des boutons. »

La question posée au GIA était la suivante : « Est-il logique d’appliquer un système conçu pour cette répartition de diamants naturels et de l’appliquer aux diamants synthétiques ?, explique Tom Moses. Ou, comme cela s’est passé il y a 75 ans, faut-il attendre et observer la nouvelle répartition, puis créer un système si le public le demande ? Il est certain que cela serait plus cohérent. Mais nous ne savons pas ce que veut le public. »

Il remarque que la plupart des synthétiques sur le marché affichent une gamme étroite de couleurs et de puretés.

« En tant que producteur, je vais trouver la gamme dans laquelle la fabrication est efficace, explique-t-il. S’ils sortent sous forme de K, L ou M, je vais devoir trouver une façon de les rendre blancs, c’est-à-dire entre F et H. »

D’après lui, le GIA s’est rendu compte que « les couleurs sont très restreintes, tout comme les puretés. Wuyi [Wang], [directeur de la recherche et du développement], s’est récemment rendu en Chine pour acheter certaines choses. Et je lui ai dit : « Trouve des qualités vraiment médiocres. » Il n’y en a pas. »

Le GIA s’est donc inquiété du fait que, s’il adaptait l’échelle des diamants naturels aux produits artificiels, cela « pourrait participer, sans qu’il le veuille, à tromper le consommateur en créant une association avec l’idée de rareté », explique Tom Moses.

Il admet que cette autre échelle pourrait certainement dissuader les fabricants d’envoyer leurs diamants au GIA. La plupart des sociétés de synthétiques préfèrent les laboratoires concurrents qui utilisent l’échelle de certification complète.

« Cela va-t-il drastiquement changer le nombre d’envois ?, se demande Tom Moses. Si je devais émettre des suppositions, je dirais que non mais je n’en suis pas certain. »

« Les producteurs vont nous contacter et dire : « vous nous donnez la même échelle que les diamants naturels et nous vous donnons 1 000 pierres. Pensez à la somme d’argent que cela représente. » Mais nous ne sommes pas motivés par l’argent. Ce n’est pas notre objectif. »

Les rapports n’incluront pas d’informations indiquant si le diamant a été traité mais contiendront tous un commentaire d’ordre général précisant que de nombreux diamants artificiels sont traités : « Il s’agit d’un diamant artificiel produit à l’aide des processus CVD (dépôt chimique en phase vapeur) ou HPHT (sous haute pression et haute température) et qui peut comprendre des traitements post-croissance destinés à modifier sa couleur. »

« Il s’agit de la solution la plus pratique à ce stade, explique-t-il. Nous notons les traitements dans les rapports sur les synthétiques depuis environ 10 ans, ce n’est pas anodin. »

Parfois, ajoute-t-il, les traitements sont effectués à l’aide du même appareil que celui qui a fabriqué les diamants, juste après la culture.

« Si un fabricant vient juste d’arrêter le flux d’azote et le flux d’hydrogène mais qu’il maintient une température élevée et ne l’arrête jamais dans la chambre, s’agit-il d’un traitement ? C’est le débat que nous avons en interne. »

Les Guides de la FTC affirment qu’un traitement doit être déclaré s’il n’est pas permanent, s’il nécessite un entretien particulier ou s’il crée une différence de valeur. Les traitements actuels ne satisfont aucun des deux premiers critères et on ne sait pas si des diamants artificiels traités affichent une différence de valeur, explique-t-il.

« Nous avons posé la question : Le consommateur a-t-il besoin de savoir qu’un diamant a été traité pour prendre la bonne décision d’achat ? Lorsque l’on lit ces trois points dans les Guides, on ne sait pas vraiment s’il s’agit d’une obligation. »

« Au final, notre travail est de protéger le consommateur et de lui donner des informations qui l’aident à prendre des décisions avisées… Il semble que la recherche de traitements ajoute beaucoup de travail pour ne pas apporter de valeur au consommateur. »

Toutefois, le GIA notera qu’une pierre est «  telle que fabriquée », si cela est exigé.

« S’il le faut, nous le ferons, comme pour les diamants naturels, mais cela a un coût, explique Tom Moses. S’ils veulent savoir s’il y a eu un traitement, nous pouvons le faire. »

Le GIA réfléchit à ces nouveaux rapports, étant donné l’évolution constante de son attitude face aux diamants synthétiques. Il pourrait d’ailleurs encore y apporter des changements car le marché change sans cesse.

À ce sujet, il organise des groupes de réflexion destinés à comprendre ce que veulent les clients.

« Pour l’heure, les consommateurs ont les idées confuses, ajoute Tom Moses. Certains disent : « Un rapport du GIA, je voudrais bien en avoir un. » D’autres répondent : « À quoi cela peut-il bien servir ? »… À mesure que les quantités d’articles vont augmenter dans les bijouteries de chaque ville, les avis pourraient commencer à changer d’une façon ou d’une autre. Nous dépensons beaucoup d’argent pour comprendre cela, pour aboutir à ce que cela profite aux clients. »

L’une des possibilités serait que le GIA développe une échelle totalement nouvelle pour les diamants artificiels, contenant trois grandes catégories.

« Nous essayons de garder un œil sur l’horizon, autrement dit le consommateur, et de ne pas nous laisser entraîner dans les volées de critiques, explique Tom Moses. Nous ne voulons pas participer à cela… Nous écoutons tout le monde mais principalement le public. »

La réaction de la communauté des synthétiques a été mitigée. Certains ont considéré les nouveaux rapports comme un pas en avant et se sont dits satisfaits que le GIA abandonne le mot « synthétique » associé, selon eux, à l’idée de contrefaçon dans l’esprit des consommateurs. (Tom Moses fait remarquer que lorsque les synthétiques font l’objet d’articles dans des publications scientifiques, le terme « synthétique » est toujours utilisé, même par les personnes qui les produisent.)

D’autres se sont dits déçus que le GIA ne certifie pas les synthétiques comme il le fait avec les diamants naturels, notamment du fait que le laboratoire HRD d’Anvers vient juste d’annoncer qu’il le ferait.

« Cette décision est une infraction directe du code de conduite, de l’énoncé de mission et à la déclaration d’impartialité du GIA et en décalage éthique par rapport aux intérêts du public, explique Jason Payne, fondateur d’Ada Diamonds. Le GIA certifie des synthétiques de manière fidèle depuis des années. Ces informations sont conservées en interne et n’ont pas été communiquées au public à dessein. »

Les rapports actualisés seront disponibles dès le 1er juillet 2019. Tout Rapport de Synthétique du GIA délivré depuis le 1er janvier peut être renvoyé et échangé gratuitement contre le nouveau Rapport sur les Diamants créés en Laboratoire.

Dernière minute : le GIA vient de publier un guide visuel pour expliquer les changements.

Source JCK Online

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