Le laboratoire qui refuse de certifier les synthétiques

| 6 June 2019

Le laboratoire qui refuse de certifier les synthétiques
"Le laboratoire qui refuse de certifier les synthétiques"

Le laboratoire parisien LFG a pris position contre les diamants artificiels. Son directeur, Aurélien Delaunay, s’en explique.

Le Laboratoire Français de Gemmologie (LFG) est le plus ancien de la sorte au monde, créé en 1929. C’est l’arrivée des perles de culture sur le marché qui a incité plus de 300 négociants de perles du 9e arrondissement à exiger une façon de les distinguer des perles naturelles. Le gouvernement français a géré le laboratoire de 1936 à 2010, après quoi celui-ci a été vendu à l’Union Française de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des Pierres et des Perles (UFBJOP), qui est aujourd’hui son actionnaire majoritaire. Aurélien Delaunay en est le directeur depuis juillet 2018.

Quelle est la spécialité de votre laboratoire ? 

La force du LFG, c’est son côté pluridisciplinaire. Notre particularité tient au lien privilégié que nous entretenons avec l’Université de Nantes, réputée partout dans le monde pour son département de recherches en gemmologie et minéralogie. Le Pr Emmanuel Fritsch est également notre conseiller scientifique externe, avec qui nous mettons sur pied des projets de recherche, notamment en matière de diamants.

Nous sommes également le seul laboratoire qui refuse de certifier les synthétiques. Nous proposons nos services à une clientèle extrêmement variée, allant des grandes maisons de la place Vendôme aux maisons d’enchères, mais aussi aux musées. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir pu avertir le marché de la découverte et de la présence de diamants bruns synthétiques créés par dépôt chimique en phase vapeur (CVD). Nous avons également publié de nombreux articles avec Emmanuel Fritsch à propos des diamants caméléon. Notre toute dernière découverte a été un diamant naturel type IIa/IaB. Enfin, nous collaborons avec la revue du Gemological Institute of America (GIA), intitulée Gems & Gemology, le Journal of Gemmology de la Gemmological Association of Britain et la Revue de gemmologie.

Pourquoi votre laboratoire a-t-il décidé de ne pas certifier de synthétiques ?

Ne pas certifier les synthétiques a été une décision conjointe de toute la profession et de l’UFBJOP, à la différence d’autres laboratoires internationaux. Ces pierres n’ont pas à être évaluées sur la même échelle que les diamants naturels car elles sont des imitations de diamants et doivent le rester.

Cette décision est unanime dans le milieu, à l’exception de ceux qui souhaitent promouvoir ces matériaux synthétiques. Mais il faut se souvenir que l’essor des synthétiques sur le marché va faire baisser les prix. De même, les diamants naturels seront toujours recherchés pour ce qu’ils sont, une ressource naturelle rare et précieuse. La question de la certification des synthétiques tient de la logique : s’ils sont certifiés, cela doit aussi se faire pour d’autres pierres synthétiques. De même, le fait de ne pas les certifier contribue à les différencier et à les isoler.

Comment abordez-vous la hausse des synthétiques non déclarés sur le marché ?

Nous découvrons régulièrement des synthétiques mais nous ne pouvons pas dire que leur proportion a augmenté en volume. Nous en avons vu beaucoup entre 2012 et 2013 mais, avec la prise de conscience de l’industrie et le développement des outils de détection, les choses se sont stabilisées. L’amélioration de l’approvisionnement de nos clients a évidemment contribué à cette baisse. Par ailleurs, nous pourrions trouver 0 % de synthétiques dans un lot ou jusqu’à 20 % lorsque le lot n’a pas une origine adaptée. Mais notre moyenne annuelle est inférieure à 1 % de synthétiques dans les lots de mêlé. Il faut toutefois rappeler que l’origine des problèmes reste l’Inde : l’on sait pertinemment que, dans ce pays, des synthétiques sont insérés dans des lots.

Dans quels domaines pensez-vous que l’industrie devrait renforcer sa formation ?

La présence des synthétiques sur le marché est une question majeure. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire sur la terminologie des pierres, ainsi que sur la déclaration des différents traitements. En France, nous avons la chance de disposer d’une loi, le décret numéro 2002-65, qui précise les choses. Mais ce n’est pas le cas partout.

Quels sont les principaux défis qui se présentent à l’industrie diamantaire ?

La provenance des pierres est d’une grande importance pour nos clients. Mais parmi les difficultés que rencontre l’industrie, figurent en bonne place les traitements indétectables comme le chauffage à basse température, l’irradiation de la tourmaline et le chauffage des aigues-marines ou des citrines.

Nos clients veulent une transparence totale et les laboratoires vont avoir un rôle de plus en plus important à jouer dans ce processus. Ils doivent pouvoir analyser les très petites pierres, les pierres isolées ou serties, mais aussi tous les autres matériaux qui leur sont présentés.

Quels sont vos projets pour 2019 ?

Aujourd’hui, nous espérons nous faire mieux connaître des personnes qui souhaitent obtenir des informations claires sur leurs pierres. Et nous voulons également nous développer à l’international. En mai, nous exposerons à GemGenève et nous proposerons des analyses sur place.

Nous allons également renforcer l’agenda de nos conférences, en en proposant quatre par an et en invitant des intervenants internationaux comme le conférencier, rédacteur-en-chef et créateur de la Portugal Gemas Academy, Rui Galopim de Carvalho, ou la conservatrice du Musée de minéralogie de Paris, Eloïse Gaillou.

Auteur Marie Chabrol

Source Rapaport

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