Le Kimberley Process travaille à un élargissement de la définition des diamants du conflit

| 24 January 2019

Le Kimberley Process travaille à un élargissement de la définition des diamants du conflit
"Le Kimberley Process travaille à un élargissement de la définition des diamants du conflit"

Les participants à la récente réunion plénière du Kimberley Process, accueillie par l’Union européenne à Bruxelles, ont mené leur tâche à bien le 16 novembre 2018 mais sont repartis avec des devoirs à faire à la maison avant la prochaine convention, qui sera présidée par l’Inde. Le World Diamond Council, la voix de l’industrie diamantaire au Kimberley Process triparti, s’est dit préoccupé par le fait que la réforme de son champ d’application n’avançait pas lors de la plénière, notamment dans l’élargissement de la définition des « diamants du conflit », qui avait été proposé par le WDC et son observateur au KP, la Coalition de la société civile (CSC).

Interrogé par Rough&Polished, Stéphane Fischler, président du World Diamond Council, s’exprime à propos de la nécessité d’agir pour résoudre les problèmes des mineurs artisans et à petite échelle, particulièrement vulnérables du point de vue social et économique, pour ainsi renforcer le rôle du Kimberley Process dans la protection de leurs intérêts.

La réunion plénière du Kimberley Process en novembre dernier n’est pas parvenue à modifier la définition des « diamants du conflit ». Quelle est la plus grande pierre d’achoppement à l’élargissement de cette définition ?

On ne s’attendait pas à ce que la plénière de novembre aboutisse à un accord sur une nouvelle définition.

Une proposition formelle du Canada, soutenue par le World Diamond Council (WDC) et la Coalition de la société civile (CSC) a été formellement consignée lors de la plénière. Elle constituera désormais la base des discussions sous la présidence indienne – sauf bien entendu si une autre proposition est faite.

Avant la plénière du KP à Bruxelles, Joanne Lebert, directrice exécutive d’IMPACT, a affirmé que l’industrie diamantaire restait « entachée par des liens avec des abus sur les droits de l’homme, comme le travail des enfants et le travail forcé, ainsi que des conflits, la dégradation de l’environnement et la corruption. » Quels sont vos commentaires ?

La CSC, désormais exclusivement composée d’ONG africaines et soutenue par l’organisation belge IPIS (International Peace Information Service), a clairement précisé lors de nos multiples échanges cibler principalement les communautés actives dans et autour des zones minières.

Les deux principales craintes sont liées à l’approvisionnement du brut et concernent :

1. des violences graves et systématiques,

2. des abus de la part des forces de sécurité publiques et privées.

L’environnement est également un sujet particulièrement préoccupant qui a des conséquences sur la subsistance de ces communautés.

Ces échanges ont motivé notre proposition conjointe d’une nouvelle définition.

Certains des pays africains se seraient prononcés contre l’élargissement de la définition des « diamants du conflit », de crainte que cela ait un effet sur les diamants issus du continent, étant donné que certains gouvernements ont enfreint les droits de l’homme dans le secteur minier. Pensez-vous que ces craintes soient infondées?

Le principal argument auquel nous ayons adhéré est que toute définition élargie devra contenir des garanties d’impartialité claire. Cela signifie que toute action engagée par le KP en conséquence d’une infraction à cette définition devra l’être de manière neutre et objective. Un terrain de jeu égalitaire garanti pour tous. Le WDC et la CSC n’ont aucun problème avec cela et comprennent les craintes exprimées. Celles-ci devront être intégrées à toutes les discussions pour une nouvelle définition.

D’autres arguments visent à juste titre la capacité limitée du secrétariat actuel du KP, non seulement en lien avec l’application d’une définition nouvelle et élargie, mais aussi au sujet de la révision et de la surveillance des processus engagés par le KP. C’est la raison pour laquelle le WDC a proposé de créer un secrétariat permanent ayant des capacités renforcées. Un accord de principe a été formalisé en novembre, lors de la plénière de Bruxelles.

Je suis conscient que de nouveaux arguments pourront être avancés pour contrer l’élargissement de la définition. Nous ne pouvons qu’espérer que tous les participants du KP comprendront qu’il en va de la future crédibilité de l’organisation.

Sur quoi sont focalisées les réformes lancées par le World Diamond Council pour améliorer le système de garanties ? La promotion des droits de l’homme et du travail au sein de ces réformes sera-t-elle élargie afin d’intégrer les segments de la fabrication et du retail de l’industrie diamantaire ?

L’objectif est de renforcer la sensibilisation et de rappeler à chaque membre de l’industrie son devoir de respecter et prendre en charge le principe de « ne pas nuire ».

En effet, les principes indiqués dans votre question ont maintenant été spécifiquement inclus.

Les directives du Système de garanties (SoW), en plus de souligner que les participants de l’industrie doivent respecter la mise en œuvre du KPCS et se conformer au document clé du KPCS, aux décisions administratives du KP, ainsi qu’à ses documents directeurs, indiquent qu’ils doivent aussi comprendre et appliquer volontairement des principes universellement acceptés en termes de droits de l’homme et du travail, lutte contre le blanchiment d’argent et lutte contre la corruption qui figurent dans les documents internationaux suivants : les principes directeurs des NU sur les droits de l’homme et les entreprises, la déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, la convention des NU contre la corruption, les directives de lutte contre le blanchiment d’argent conformes aux lois nationales, en ligne avec les 40 recommandations du GAFI sur le blanchiment d’argent pour les négociants de pierres et métaux précieux.

L’entrée au Kimberley Process de davantage de nations et de voix africaines semble être, selon le World Diamond Council, l’une des nécessités les plus pressantes. Qu’est-ce qui a été fait pour y parvenir et que reste-t-il à faire ?

Nous pensons en effet qu’il existe un sérieux manque d’engagement diplomatique, principalement – mais pas seulement – de la part des pays africains.

Nous avons déjà contacté de multiples organisations régionales afin de les sensibiliser au besoin d’un engagement plus solide et continu. La plupart des pays ont ce que j’appellerais « une représentation technique » et très peu affichent un engagement diplomatique. S’agissant d’un processus des NU, nous pensons que cela doit changer.

Le Kimberley Process assume un rôle plus anticipatif dans la protection de l’intérêt des mineurs artisans et à petite échelle. Il souhaite faciliter leur accès légitime au marché diamantaire international. De quelle façon cela peut-il être réalisé ? Ce processus engagera-t-il également les grosses sociétés d’extraction de diamants ?

Le Kimberley Process est effectivement plus ciblé que par le passé sur le secteur artisanal. Mais une fois de plus, nous devons souligner que nous parlons d’environ 18 % de volume annuel des diamants produits et de 5 % en valeur.

Malheureusement, sans nouvelle définition, il n’y aura pas de changement important en matière de prévention de la violence. Il y a donc de la bonne volonté, un groupe de travail dédié, mais peu de progrès jusqu’à présent.

La solution existe et peut être déployée : formaliser le secteur et appliquer les normes de Maendaleo, développées par l’Initiative diamant et développement (DDII) dans tout le segment de l’extraction artisanale de diamants.

De quelle façon le World Diamond Council a-t-il l’intention d’améliorer le mécanisme de révision par les pairs pour aider les membres du KP à évaluer leur respect mutuel du système de certification du Kimberley Process (KPCS) ?

C’est très simple : appliquer les références de manière égale par et pour chaque participant.

Malheureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui. C’est pourquoi nous soutenons avec conviction un énoncé plus précis qui éviterait toute « lacune » ou de possibles « inactions ».

La plénière du KP a décidé d’utiliser une nomenclature et une terminologie unifiées des diamants dans le cadre de ses meilleures pratiques. Pourriez-vous nous expliquer cela plus en détail ?

Ce document a été rédigé et signé par 9 organisations représentatives de l’industrie, dont le WDC. Il est évident et essentiel pour chacun d’entre nous que les termes utilisés pour décrire les diamants, les synthétiques, les imitations et les pierres précieuses soient universels et clairs pour les consommateurs du monde entier.

Des termes clairs constituent la première ligne de défense contre les tromperies faites aux consommateurs.

Les consommateurs doivent pouvoir comprendre le produit qu’ils souhaitent acheter de façon simple et claire.

Que pensez-vous de l’initiative de De Beers de différencier les diamants naturels des synthétiques grâce à la tarification ? Quel camp finira par gagner dans cette démonstration de force ?

Je comprends parfaitement l’aspect tarification de la stratégie mais, comme vous le savez, je me suis déjà interrogé publiquement sur le bien-fondé de cette initiative de De Beers. Bien entendu, c’est la façon dont la stratégie sera déployée au fil du temps qui définira son impact. Il y a également un élément culturel très fort en jeu. De plus, la stratégie « Made in USA » sera, à mon avis, un facteur de différenciation fort dans ce pays qui est le marché de consommation le plus important et, jusqu’à ce jour, quasiment le seul pour les synthétiques.

Comme je l’ai dit, et j’adorerais que l’on me prouve le contraire, je continue à croire que la stratégie de De Beers aura un effet grave sur l’industrie diamantaire et plus encore, sur les assortiments de moindre qualité.

Il est également très probable que les producteurs africains, dont le vaste secteur artisanal rencontre des difficultés en termes de pratiques éthiques, seront touchés.

Si la proposition de valeur unique des diamants face aux synthétiques est diffusée en continu et de manière crédible, grâce à la sensibilisation et à un marketing générique durable, je pense que les diamants ne perdront pas de leur éclat unique, qui fait d’eux le minéral le plus unique et le plus apprécié que la nature nous offre.

Permettez-moi de terminer en vous souhaitant, à vous et à toute l’équipe de rough-polished.com, une année 2019 pleine de santé, de paix et de succès.

Source Rough&Polished

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