Retour aux sources…

| 14 February 2019

Retour aux sources…
"Retour aux sources…"

Faire toute la lumière sur chaque diamant : un argument de vente ?

Il y a quelques semaines, j’ai lu un article intéressant dans un magazine français, qui s’interrogeait sur les applications décryptant la composition des étiquettes de nos cosmétiques. De là à faire un parallèle avec la traçabilité dans l’industrie du diamant, il n’y avait qu’un pas !

« Traçabilité » : le « gros » mot est lancé. Il ne fait presque plus peur !

Dans l’industrie du diamant, on voit fleurir les initiatives – pilotes à ce stade – visant à donner toutes les informations possibles, justifiables et vérifiables sur un diamant. Elles n’ont certes pas toutes exactement la même fonctionnalité ou le même fonctionnement, mais l’idée sous-jacente est commune : apporter des garanties aux consommateurs.

Ainsi Tracr de De Beers, qui a rallié à sa cause ALROSA, Signet Jewelers ou Chow Tai Fook ; ou encore le programme M2M du GIA. Tiffany vient d’annoncer inclure un numéro de série Tiffany & Co gravé au laser sur chaque diamant et comprenant des informations sur sa provenance et son pays d’origine (Diamond Source Initiative). De Beers toujours vient d’autoriser ses sightholders à désigner ses marchandises sous le nom « Diamants de la DTC » et lancera bientôt un site, DTC.com, qui fournira des informations sur ses mines et sur la provenance de ses diamants.

Dans l’industrie cosmétique, évidemment, cela semble couler de source. Il importe de savoir ce qu’on applique sur son visage et son corps. Pour notre santé, notre bien-être. L’impact sur la planète importe aussi. S’interroger sur ce que cause à la Terre notre façon de consommer est devenu un mode de fonctionnement qui concerne de plus en plus de monde, du moins dans nos pays favorisés. C’est d’ailleurs un des arguments de vente des joailliers en diamants synthétiques… Quant aux enfants d’aujourd’hui, ces questions sociétales et de santé sont partie prenante dans leur éducation. Si parfois elles ne sont qu’évoquées, elles le sont tout de même. Nous sommes, nous adultes, toujours plus concernés alors que, quand nous étions enfants, ces questions n’étaient pas abordées. Imaginez alors ce que ces enfants d’aujourd’hui exigeront comme degré d’information et de garantie lorsqu’ils seront eux-mêmes adultes.

L’article auquel je fais référence et qui portait donc sur les applications décryptant la composition des étiquettes de nos cosmétiques, rappelle que tout cela a commencé avec des interrogations sur ce que nous mettons dans notre assiette ou notre caddie (une préoccupation très autocentrée donc). Mais les applications (Yuka, QuelCosmetic, Clean Beauty) ont surfé sur cette vague « safe » pour tirer leur épingle du jeu. En vérité les informations qu’elles publient sur la composition des cosmétiques ne seraient pas inattaquables. Seraient ainsi sujets à caution ou interprétation : les méthodes d’identification des ingrédients et la classification elle-même, bref leurs critères de choix. Ici, c’est en effet le principe de précaution qui primerait et certains ingrédients seraient exclus d’office, même si leur nocivité n’est pas prouvée. Alors oui, ces applications de traçabilité sont perfectibles et ce n’est pas un secret. Mais elles trouvent néanmoins leur public en étant imparfaites parce qu’elles répondent à une demande.

Une demande que nous connaissons aussi, nous, dans l’industrie du diamant.

Petite digression en matière d’exemple. Je me suis rendue sur le site d’un joaillier (une start-up) qui se revendique green et éthique. Et qui vendrait des « diamants éthiques ». Évidemment, voilà qui m’a intriguée. Quid de ces « diamants éthiques » ? En fait, le site internet informe sur le KP, explique ses limites (la définition des diamants du conflit), détaille les 4C, raconte renforcer les droits de l’homme et l’économie locale des pays producteurs et précise respecter l’environnement et ne s’associer qu’à des mines partenaires au Canada, Botswana et en Afrique du Sud. Il n’y a donc sur ce site ni réelle garantie, ni preuve ; en revanche donc, la marque affirme haut et fort son passeport éthique, green, safe. Et m’est avis que cette étape est déjà un premier pas de franchi…

On se retrouve finalement dans le même cas de figure qu’avec nos applications citées ci-dessus. Ce n’est pas parfait, les preuves sont discutables ou absentes ou améliorables, mais peu importe, le discours fait le job et répond à la demande du consommateur.

Qui peut vendre aujourd’hui sans s’affirmer éthique et justifier de ses sources ?

Chacun en a donc conscience, faire toute la lumière sur les origines d’un diamant, les informations qui font son identité, sont un argument de vente. Mais bien plus en vérité. C’est aujourd’hui une nécessité ! Tout comme le discours éthique et les preuves de traçabilité, quand bien même les outils à notre disposition seraient perfectibles.

Source Rubel & Ménasché

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