Prudence de mise pour le début de la nouvelle période contractuelle des sightholders

| 21 May 2015

Prudence de mise pour le début de la nouvelle période contractuelle des sightholders
"Prudence de mise pour le début de la nouvelle période contractuelle des sightholders"

Lundi 4 mai, 84 sightholders et deux acheteurs accrédités assisteront au premier sight de la nouvelle période contractuelle – mais avec une certaine réserve. Le sight ne devrait pas être très important, aux environs de 400 millions de dollars, les sightholders ayant choisi de débuter la période en commandant moins de marchandises.

Le premier sight des contrats 2015-2018, pour les ventes aux sightholders internationaux (GSS), interviendra pendant une période particulièrement difficile pour l’industrie diamantaire mondiale.

  • Pour le cinquième mois consécutif, les ventes de bijoux au détail aux États-Unis ont baissé en glissement annuel. Entre les mois d’octobre 2014 et février 2015 (derniers chiffres en date), les ventes ont reculé de 0,7 % en moyenne. Elles ont totalisé 3,8 milliards de dollars en janvier et 5,6 milliards de dollars en février, en recul de 0,7 % et 0,1 % respectivement par rapport à l’année dernière.Monthly_US_Jewelry_Store_Sales_Are_Declining-Jan_2014-Feb_2015
  • Les ventes des joailliers spécialisés, ceux qui sont les plus susceptibles de « faire bouger les stocks », sont également en baisse. Sur la même période de cinq mois, leur chiffre d’affaires a perdu 5,1 % en moyenne. En janvier et février 2015, les ventes ont reculé de 6,2 % et 5,4 % respectivement. Cela montre bien que les ventes de détail ne sont pas au beau fixe.YoY_Change_in_Spclty_Jwlr_Sales-Jan_2014-Feb_2015
  • Le marché de gros connaît également des niveaux inférieurs à la normale. Lors des salons de Bâle et de Hong Kong, l’activité aurait été plutôt morne.
  • Les niveaux de trésorerie des fabricants continuent de poser problème, même après un ralentissement estimé à 40 %, selon les fabricants en Inde. Pour parvenir à un flux de trésorerie positif, ils ont limité leurs dépenses en achetant du brut moins cher et en réduisant les heures de travail (raccourcissement des journées de travail et prolongement des vacances). Toutes ces mesures sont destinées à éviter les licenciements. Dans le même temps, les stocks de taillé s’amenuisent, avec la poursuite des ventes, tandis que les fabricants et les grossistes s’efforcent de protéger les prix du taillé.
  • Les miniers annoncent une chute des ventes. Au premier trimestre 2015, ALROSA a vendu 7 millions de carats de diamants de qualité, soit une baisse de 26 % en glissement annuel. Les revenus des ventes se sont allégés de 25 %, à 1,1 milliard de dollars sur la période.YoY_Q1_2014-2015-Alrosa_Sales
  • La De Beers, après avoir constaté qu’environ 0,5 milliard de dollars de brut n’aurait pas trouvé preneur au premier trimestre, a abaissé ses directives de production pour l’année complète, passant de 32 à 34 millions de carats à 30 à 32 millions de carats (environ 6,5 %), « au vu des conditions de marché actuelles ».

Sachant cela, les sightholders ont postulé pour un approvisionnement prudent (ITO, intention de vendre). Selon l’un d’eux, étant donné les conditions actuelles du marché, personne n’a vraiment envie d’acheter. Il affirme que les sightholders perdent de l’argent. Sur les dix sights de la première année du contrat, l’ITO demandée est plutôt limitée pour le premier sight. Les sightholders affirment qu’ils n’ont pas besoin d’un gros approvisionnement pour l’instant. Les boîtes demandées correspondent à des articles que les sightholders jugent pouvoir utiliser – soit pour tailler et vendre, soit pour échanger en tant que brut.

« Les miniers annoncent une chute des ventes. »

Un pari sur le hors-programme

Ceci dit, certaines discussions sur les marchandises hors programme sont dignes d’intérêt. Avant le sight, des demandes hors programme ont été faites pour des 2 carats et plus, et la De Beers a informé les sightholders, vendredi 24 avril, que ces demandes étaient acceptées.

En règle générale, la De Beers n’informe pas ses clients des prix à l’avance. À de rares occasions, elle leur a indiqué que les tarifs augmenteraient, principalement pour qu’ils transmettent l’information en aval, pour, ainsi, soutenir le raffermissement attendu des prix du taillé. Toutefois, même dans ces cas, la société n’indiquait pas l’ampleur de la hausse des prix, n’apportant que de vagues indications dans le meilleur des cas. Elle ne précise jamais les prix spécifiques des boîtes à l’avance, ce qui, parfois, fait naître un élément de surprise lors des sights, lorsque les tarifs sont annoncés. Parfois aussi, comme cela a souvent été le cas l’année dernière, les acheteurs ont l’impression, avant le sight, qu’ils vont plonger dans l’inconnu.

Lorsque les sightholders demandent des marchandises hors programme (ou lorsque la De Beers leur propose un approvisionnement supplémentaire), ils ne savent pas non plus à l’avance quel sera le tarif des marchandises – identique à celui du sight précédent, inférieur, supérieur… Pour compenser cette inconnue, les sightholders ne sont pas obligés d’acheter des marchandises, et ils ne sont pas pénalisés s’ils les refusent. Il pourrait d’ailleurs en être ainsi si les prix des marchandises hors programme sont jugés trop élevés.

Actuellement, on ne sait pas encore quel sera le volume des marchandises hors programme demandées, mais cela constitue une opportunité intéressante. Si la De Beers baisse ses prix, les marchandises hors programme peuvent devenir un achat rentable, notamment si un acheteur a besoin de ces catégories particulières. Il peut aussi spéculer sur le fait qu’elles seront demandées dans un avenir proche et qu’elles pourraient se vendre avec un premium. Il s’agit d’un pari, avec toutefois une issue de secours.

L’issue de secours, c’est la possibilité de refuser les marchandises si le prix n’est pas juste. Bien entendu, même si les prix baissent et que les marchandises s’écoulent, l’achat pourrait malgré tout ne pas être rentable ; après tout, lorsque l’on parie, on court aussi le risque de perdre de l’argent.

C’est le genre de jeu auquel peuvent se permettre de jouer les grands sightholders. Selon un initié, l’un des nouveaux acheteurs accrédités pourrait peut-être s’y frotter, dans le seul but d’impressionner la De Beers. Comme nous le disions, il s’agit de rumeurs. Les motifs pourraient être ceux-ci ou être différents.

Prévisions de baisses des prix

Après l’annonce d’une baisse de la production (Debswana ayant été la première à révéler que l’opération avait en fait déjà commencé), le marché a eu l’impression que la De Beers avait bien reçu le message. Les gros volumes – et surtout la grande valeur – des refus ont clairement montré que le marché ne pouvait pas digérer les importantes quantités ou les prix élevés du brut. Par conséquent, en plus de réduire l’offre, le minier devrait aussi baisser ses prix.

« Le marché a eu l’impression que la De Beers avait bien reçu le message. »

Le bon sens voudrait que la baisse des prix se situe entre 2 % et 2,5 % en moyenne. Il s’agit d’un recul relativement important. Côté positif, certains imaginent que, pour quelques boîtes, il pourrait atteindre 5 %.

Certes, une baisse des prix du brut est effectivement nécessaire, mais il faudrait que cela se fasse de manière progressive. Un brusque recul pourrait en fait faire plus de mal que de bien. La société ayant une telle part de ses capitaux propres liée à ses stocks de brut, un brusque recul pourrait nuire à son ratio d’endettement et amener les banques à réclamer des fonds ou à réduire les facilités de crédit. Les fabricants préféreraient que les prix restent à leur niveau actuel, mais que l’offre soit réduite et que les prix du taillé augmentent.

Ce souhait est toutefois utopique. Il ne tient pas compte de la chute de la demande pour les bijoux en diamants, due en partie, selon certains détaillants, à l’augmentation des prix du taillé. Une réduction échelonnée des prix du brut et du taillé est une solution davantage réalisable mais qui pourrait bien être une idée utopique toute personnelle.

Comme à chaque fois, il y a un risque que les prix ne baissent pas et que l’offre reste importante, ce qui nous amène à nous interroger sur l’attitude qu’adopteront les sightholders. Certains affirment qu’ils pourraient refuser les marchandises qui ne sont pas au juste prix.

Taille du sight : supérieure à 400 millions de dollars

Le sight devrait se trouver entre 350 millions et 560 millions de dollars. Un scénario raisonnable serait voisin de 400 millions de dollars, avec environ 50 millions de dollars supplémentaires de marchandises spéciales et environ 50 millions de dollars en plus de marchandises hors programme, pour un total global d’environ 500 millions de dollars.

Ces hypothèses sont, bien sûr, subordonnées au fait que la De Beers ajuste ses prix à la baisse. Si elle ne le fait pas, du moins pas dans les bonnes catégories, les achats hors programme vont baisser partiellement et d’autres boîtes régulières pourraient également être refusées, ce qui ferait baisser le total du sight.

Source Edahngolan.com

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